Association de citoyens qui défendent l'environnement maritime

 
- Accueil -

 

au premier plan, Michel Glemarec

ancien doyen de l'UBO et membre très actif de l'association MOR GLAZ

L'Etat français, en proposant la création d'un parc marin en Iroise à la fin des années 1990, montrait qu'il était disposé à céder une part de sa compétence exclusive qu'il exerce sur le domaine marin.

La région Bretagne souhaite aujourd'hui promouvoir sa politique maritime en faisant mieux connaître et développer ses activités économiques liées à la mer, tout en se positionnant dans un contexte européen. L'image que chacun peut se faire de la Bretagne est souvent réductrice car basée sur des aspects esthétiques, d'authenticité … la mer, les ports, la nature préservée …

Le parc marin peut être un des meilleurs outils de promotion de l'économie maritime de la Bretagne. Le bilan des connaissances, acquises sur le territoire marin défini, a été réalisé en septembre 1999. Il en ressort que le périmètre concerné est à une échelle suffisamment vaste pour qu'il corresponde à un véritable ensemble écologiquement fonctionnel. Cette zone de transition, entre un milieu terrestre source de multiples apports perturbants et le milieu océanique, apparaît en bonne santé écologique et affiche une diversité patrimoniale exceptionnelle.

En 2006, la sensibilisation de tous aux problèmes de la planète est réelle. Une nécessaire politique de gestion intégrée, incitée par les directives européennes " Habitats " (Natura 2000) de 1992 et " GIZC " en 2004, nous amène à repenser ce que doit être la vocation d'une aire naturelle protégée, mettant en avant la protection de la biodiversité. La création récente des aires marines protégées a un objectif similaire. La biodiversité du littoral est un cas d'école qui a été débattu récemment (13-14 octobre 2006) à Brest dans le cadre des 10èmes " entretiens Science et Ethique ". Ce concept est devenu de plus en plus familier pour chacun, faut-il encore que ce terme de biodiversité ne soit pas galvaudé. La biodiversité doit être perçue dans sa globalité avec l'ensemble des services qu'elle rend au fonctionnement des écosystèmes et des biens qu'elle procure à l'homme. Dans la mesure où celui-ci, par ses activités, modifie les services que lui rend la nature, préserver la biodiversité c'est ouvrir des débats de société et impliquer des problèmes d'aménagement du territoire. Dès lors, il devient impossible de découpler l'homme et la nature, c'est-à-dire l'écologie et le socio-économique.

Préserver la biodiversité n'est pas seulement l'apanage des naturalistes, spécialistes en extinction, trop souvent accusés d'être des romantiques ; ils savent aussi bien s'exprimer en termes économiques en s'associant aux économistes. C'est dans le contexte d' " observatoire de la biodiversité " que peut être présenté le parc marin de l'Iroise.

1 - Le territoire concerné héberge un nombre d'espèces tout à fait exceptionnel ; certaines étant emblématiques de cette pointe de Bretagne, leur distribution peut être limitée dans l'espace, ce qui en fait des espèces rares. Une douzaine d'espèces d'invertébrés trouvent là leur limite nord de répartition géographique. Même si elles sont peu nombreuses, elles peuvent constituer un très bon outil pour évaluer le changement climatique dans ce secteur de transition entre la Mer Celtique / Manche et le Golfe de Gascogne.

2 - A cette diversité spécifique s'ajoute une étonnante diversité des habitats. Les fonds rocheux et leur couverture algale, leurs grottes, jouxtent de vastes ensembles sableux, des accumulations dunaires … des habitats à forte complexité architecturale (champs de blocs, herbiers, bancs de maërl …), tous constituent cette mosaïque où se développent des échanges, des interdépendances, au-delà d'une composante esthétique évidente. A l'exclusion des vasières, le périmètre se présente comme la palette quasi complète des habitats marins de la façade Manche-Atlantique.

3 - Le troisième aspect de la biodiversité réside dans son aspect fonctionnel. Plus les interdépendances entre espèces et habitats sont fortes, plus l'écosystème fonctionne au mieux en résistant aux agressions, à l'invasion d'espèces exotiques par exemple. La compréhension des réseaux trophiques et de leur complexité constitue la base des usages halieutiques mis en œuvre localement. Dans le secteur concerné, la présence de prédateurs (oiseaux) et de super prédateurs (mammifères marins), même s'ils apparaissent en compétition avec l'homme, est un gage de bon fonctionnement de l'écosystème. A titre d'exemple, il existe 18 espèces de poissons plats dans le secteur concerné, leurs cycles biologiques sont bien connus, les zones de ponte, les nourriceries sont identifiées, et la baie de Douarnenez est bien la " pouponnière " de tout cet ensemble.

Les rôles d'un parc marin peuvent être multiples. Malgré un cadre juridique contraignant, les problèmes d'environnement et de préservation des habitats restent difficiles à prendre en compte. Face à la multiplicité des systèmes de contrôle, Affaires maritimes, Gendarmerie maritime, Douanes … le parc doit apparaître comme un lieu d'informations mutuelles, de réflexion par rapport aux connaissances des uns et des autres. Acteurs socio-économiques, scientifiques, citoyens, élus … ainsi rassemblés peuvent émettre des préconisations de bon sens, car il n'est pas toujours nécessaire de faire appel à la législation, à l'établissement de normes, qui s'avèrent souvent mal adaptées au secteur concerné. Conflits et dommages concernant les ressources tant économiques que patrimoniales pourraient ainsi être évités, sinon amenuisés.

Le parc peut aussi stimuler les recherches nécessaires à la mise en œuvre d'outils de gestion adéquats. Il peut aussi faire valoir les avancées de la connaissance en écologie descriptive et fonctionnelle. Le parc devient aussi le garant de la cohérence d'outils spécifiques (réglementation des pêches, circulation nautique, arrêtés de protection de biotopes …). Evidences et incertitudes pour l'avenir.

Les écosystèmes marins côtiers sont soumis à deux types de contraintes essentielles :

le changement climatique qui se traduit notamment par un affaiblissement de la saisonnalité et l'excès d'apports nutritifs. La part respective de chacune dans les modifications observées est souvent difficile à évaluer, d'autant qu'elles peuvent agir toutes deux en synergie. Si les scénarios de type catastrophique concernant l'avenir de la planète laissent les citoyens quelque peu désemparés, ils savent aussi que les scientifiques sérieux restent prudents tout en étant conscients que des changements peuvent apparaître de façon brutale et imprévisible. Les mêmes citoyens parfaitement avertis des faits maritimes ont aussi des certitudes, à l'échelon local, qui leur est proche. Exemples : - la qualité des eaux littorales ne cesse de se dégrader et entraîne une raréfaction des ressources vivantes. L'eutrophisation se traduit de façon très visible en certains secteurs, cas des marées vertes, manifestation très voyante qui ne semble pas s'atténuer. - les dysfonctionnements qui apparaissent dans les populations planctoniques entraînent des fermetures de la commercialisation des mollusques.

Ces fermetures sont de plus en plus fréquentes et étalées dans le temps.

- les prélèvements abusifs de poissons pélagiques (maquereau, chinchard …) constituent des comportements répréhensibles, ces espèces ont un rôle dans le fonctionnement du système.

- le braconnage et les systèmes de commercialisation parallèles sont monnaie courante et bien connus.

- lors des grandes marées, les comportements des populations résidentes, c'est-à-dire bien au fait des réglementations (quantité, taille …), sont choquantes.

- les champs de blocs sont presque tous " retournés " à chaque grande marée. Ne pas remettre un bloc en place, c'est six mois après constater la perte d'un tiers des espèces. C'est mettre en péril les œufs et les juvéniles de nombreuses espèces (poisson, ormeau …). C'est favoriser la dominance d'espèces opportunistes (crabe vert) au détriment d'espèces plus sensibles au déséquilibre provoqué, espèces nobles comme l'étrille ou le tourteau. - Certains habitats disparaissent du fait de leur fragmentation sous l'effet d'engins spécialisés (ravageurs !). Les habitats fragmentés, tels les herbiers, ne pourront se reconstituer qu'avec le temps. Ces mêmes habitants de la côte savent moins ce qui apparaît aujourd'hui en zone immergée. Trois exemples :

- en 30 ans, l'essentiel des bancs de maërl a été détruit par les industriels à moins que les bancs soient recouverts par une épaisse couche de vase (sud-Bretagne).

- les grandes algues (laminaires) subissent très sévèrement les effets du climat, qui favorise certaines espèces plus opportunistes. Certains secteurs de la côte sud de Bretagne ont perdu 70% de leur couverture algale (fucacées). Qu'en sera-t-il demain en Iroise ?

- dans le nord du Golfe de Gascogne, dont l'Iroise est le prolongement direct, les populations de poissons d'origine froide et de grande taille (lingue, merlu …) s'amenuisent au bénéfice d'espèces plus méridionales et de plus petite taille (vive, sardine …). Ceci se traduit aussi par de réels changements au sein du réseau trophique.

Devant de telles évidences et de réelles incertitudes pour l'avenir, le parc peut apparaître comme le garant d'une gestion concertée et harmonieuse du territoire concerné. Ceci à condition que l'homme bien averti des conséquences de ses actes change de comportement. Le parc marin doit être perçu comme un outil expérimental de développement, non pas durable mais soutenable. L'espoir de laisser à nos enfants un écosystème identique à ce qu'il est aujourd'hui est illusoire. Maintenir un écosystème dont la biodiversité fonctionnelle permette le développement d'activités économiques cohérentes semble un défi plus réaliste.

Michel Glémarec