
photo manu godillon©
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Autoroutes de la mer et relance du cabotage, une opportunité
pour les ports bretons et tous les ports secondaires :
Aujourd'hui la Bretagne ne joue qu'un rôle insignifiant dans
le trafic maritime européen au regard de sa riche histoire maritime
et de sa singularité géographique (ses côtes représentent plus
du quart du littoral français). Pendant de nombreux siècles, la
Bretagne a su profiter de cette situation exceptionnelle sur les
routes du commerce international en transportant les marchandises
de l'Europe méridionale - le sel, le vin, les fruits, les épices
- et celles de l'Europe du Nord - le bois, le pois, le goudron,
le blé, le poisson, les métaux. Les marins bretons étaient les
premiers " rouliers " des mers des pays européens, les intermédiaires
indispensables entre pays du nord et pays du sud. Ce temps est
bien loin.
Chaque année, ce sont plus de 124 millions de tonnes de marchandises
qui passent devant les ports de Brest, Lorient et Saint-Nazaire,
mais ces marchandises sont pour l'essentiel débarquées dans les
grands ports du nord de l'Europe. Une partie d'entre elles reviendront
par la route alimenter les centrales d'achat et les industriels
de Bretagne…
Alors que des Etats comme la Norvège, Le Danemark ou l'Italie
ont su maintenir une politique de la mer (à eux trois, ils contrôlent
plus du quart de la flotte mondiale et la Norvège est la quatrième
puissance maritime), les gouvernements français, fort peu soucieux
de politique maritime, ont quasiment abandonné le cabotage, ce
phénomène s'étant amplifié ces trente dernières années.
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La mer, moyen de communication naturel :
Il convient de rappeler que le transport par la mer est le moyen
le plus économique, le plus sûr et le plus respectueux de l'environnement.
En comparaison avec les moyens de transports terrestres, on observe
que, à charge équivalente, le bateau présente un besoin en énergie
dix fois plus faible que celui du train et cinq fois moindre que
celui du camion. Il n'est pas tributaire des contraintes de gabarit
de hauteur ou de poids. Il n'est pas dépendant de l'état des routes
et ne nécessite pas la construction de nouvelles autoroutes. Doit-on
continuer à investir l'argent des contribuables dans des autoroutes
terrestres pour satisfaire le lobby des transporteurs routiers
et enrichir des sociétés privées alors que des voies naturelles
gratuites existent, celles de la mer ? Ces autoroutes maritimes
ne nécessitent aucun entretien. Même si les rémunérations et les
conditions sociales étaient largement améliorées, comme cela s'impose
(le coût de la main d'oeuvre a baissé de plus de 30% en trente
ans), même si les normes de sécurité étaient respectées, le différentiel
en faveur du bateau demeurerait très important.
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Une concentration inquiétante de l'activité portuaire
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90% des marchandises transitent par la mer et ce trafic croît
tous les ans…. En 30 ans, le transport maritime a progressé
de plus de 450% et, selon le Word Sea Trade Service, on doit
s'attendre à un doublement au cours de la prochaine décennie.
Si le trafic évolue en volume, il se modifie également en
nature. La recherche de compression des coûts passe par la
massification des marchandises sur des navires géants. Le
conteneur se développe à un rythme soutenu et représente aujourd'hui
plus de 20% de l'ensemble du transport. Les gros porteurs
ont une capacité de 8500 conteneurs et les navires de nouvelle
génération pourront accueillir 10 000 conteneurs.
L'Europe draine plus du tiers du flux maritime mondial avec
plus 1,3 milliard de tonnes, mais le trafic est essentiellement
concentré dans quelques ports du Nord de l'Europe : Hambourg,
Anvers, Gand, Zeebrugge, Rotterdam et le Havre. Les opérateurs
privilégient logiquement les ports les mieux placés et les
mieux pourvus, notamment en portiques, pour réduire au minimum
le temps d'escale (au Havre, sept navires par jour doivent
pouvoir ainsi être desservis). L'essor des conteneurs impose
également pour le port élu de disposer d'immenses espaces
de stockage à proximité des quais et d'importantes dessertes
terrestres. Cette concentration au nord de l'Europe correspond
à la volonté de constituer des " corridors de fret " pour
écouler le plus rapidement et le plus loin possible les marchandises.
Il s'agit de construire à partir de ces points de débarquement
de nouvelles autoroutes, des réseaux ferrés, de s'appuyer
sur les réseaux fluviaux pour irriguer toute l'Europe et,
en réalité la façonner en fonction de choix économiques dictés
par les groupes financiers du transport maritime. La notion
de port a évolué. Naguère point de passage obligé des marchandises,
il est désormais perçu et conçu comme un élément constitutif
d'une chaîne complexe qui fonctionne à flux tendu.
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Des conséquences insupportables à court terme :
Cette logique de concentration a un impact considérable en
termes d'aménagement du territoire car elle entraîne un net
glissement de l'industrie vers le bord de mer. C'est notamment
vrai pour la sidérurgie, en dépit de la puissance de zones
industrielles comme la Ruhr ou la Sarre. Le développement
du trafic routier est également une conséquence de cette concentration.
L'axe routier Bordeaux-Irun enregistre un flux quotidien de
9000 à 10 000 poids lourds dont plus de la moitié ne font
que transiter entre l'Europe du Nord et la Péninsule ibérique.
On s'attend à un doublement du trafic en sept ans. Une telle
situation n'est plus tolérable. L'impact économique et environnemental
est gigantesque et les risques d'accidents se multiplient,
accidents de la circulation bien sûr, mais aussi et surtout,
accidents dus aux matières dangereuses transportées.
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La relance du cabotage, une urgence absolue : Le cabotage,
avec une utilisation des autoroutes maritimes, est une alternative
à privilégier. Il s'agit de ramener par mer vers les industriels
et les entrepôts des centrales d'achat, les produits débarqués
dans des grands ports et de diminuer ainsi considérablement
le trafic routier.
La relance du cabotage est dans l'air du temps, même si elle
peine à se concrétiser. En 2001 déjà, des experts maritimes
membres des conseils économiques et sociaux des régions françaises
de l'Arc Atlantique ont émis l'idée que soit créé un "fonds
européen de garantie pour le cabotage maritime " (Fegacam)
pour faciliter la création d'au moins 120 lignes régulières,
assurant un flux annuel de 30 à 40 millions de tonnes de marchandises.
Ce fonds garantirait le financement de la construction de
navires afin de constituer une vraie flottille de caboteurs
de nouvelle génération. Il interviendrait également dans le
lancement de lignes. Les échecs enregistrés par les armateurs
dans la création de lignes sont souvent imputables à un manque
de trésorerie durant les trois premières années. Le fonds
permettrait de pallier ce problème, en autorisant notamment
des avances de trésorerie pendant dix ans.
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Le cabotage, outil du développement régional et de l'interrégionalité
européenne : La décision de l'Etat de transférer la gestion
des principaux ports d'intérêt national vers les régions à
partir de 2007 est une opportunité à ne pas manquer. Ces espaces
portuaires décentralisés peuvent permettre, si des moyens
financiers sont mobilisés, d'impulser une nouvelle logique
d'animation et d'organisation du territoire. Les villes portuaires
peuvent devenir à nouveau les interfaces majeures du commerce
et des échanges.
Il va de soi toutefois que la relance du cabotage en Bretagne
relève d'une logique inter-régionale à l'échelle de l'Europe.
Il s'agit de dépasser le cadre hexagonal pour s'inscrire dans
une Europe polycentrique, avec l'Arc Atlantique, bien sûr,
qui regroupe depuis 1989 vingt-deux régions, de l'Irlande
au Portugal, mais également avec les pôles existants ou en
émergence en Mer Baltique, Mer du Nord et Méditerranée. Dans
cette optique, la conférence des régions maritimes d'Europe
qui regroupe 127 espaces régionaux européens, doit naturellement
jouer un rôle moteur. Le cabotage permet de renforcer la cohésion
économique et sociale de l'Europe par une répartition mieux
équilibrée des hommes et des richesses.
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La nécessité d'une nouvelle génération de caboteurs et
de nouveaux équipements portuaires:
L'utilisation optimale des autoroutes de la mer suppose que
soit développée une nouvelle génération de caboteurs de taille
réduite (90 à 120 m de longueur pour une quinzaine de mètres
de largeur), caractérisés par un faible tirant d'eau, dotés
de moyens autonomes de manutention, et susceptibles de connecter
les grands ports transocéaniques de transbordement (hubs)
vers les ports de moindre taille en organisant l'écoulement
des conteneurs (" feedering ").
La conception du caboteur C120 du projet Karvor (le " camion
des mers ") correspond bien à ces impératifs. Il peut parcourir
1000 km en moins de 24 heures avec dans ses cales l'équivalent
de 120 camions, remorques ou conteneurs. Le C120 est conçu
pour pouvoir naviguer en toute sécurité 24 h/24, avec un équipage
dont la taille et la composition respectent strictement la
réglementation en vigueur. Il possède son propre système de
manutention pour assurer la connexion entre les modes de transport
terrestre et maritime et pour les opérations de chargement
- déchargement du bord à quai dans les ports non équipés.
Du fait de la forme de sa coque et de son faible tirant d'eau,
il est adapté au " fluvio - maritime" car il peut également
naviguer sur les abers, les fleuves, les canaux, irriguant
ainsi de nouveau un certain nombre de centres industriels
de l'intérieur des terres.
Le développement d'une nouvelle génération de caboteurs permettrait
une dynamisation de la construction navale et des activités
de maintenance et de réparation. Elle aurait toutefois pour
corollaire l'amélioration et la remise aux normes des équipements
portuaires actuels. Il est absolument nécessaire dans cette
perspective que les élus bretons, en relation avec les chambres
de commerce et d'industrie, fassent procéder à un audit des
principaux ports afin de mieux identifier les équipements
et services qui permettraient d'en accroître l'attractivité
pour les armateurs et les chargeurs. Dans une perspective
de contingentement du trafic routier, Il convient également
d'étudier avec la SNCF les possibilités de développer concrètement
les connexions cabotage - transport ferroviaire.
Face à ce défi essentiel qu'est la relance du cabotage dans
un nouvel environnement technologique, la Bretagne dispose
d'un autre atout essentiel. C'est son potentiel humain et
technique en matière maritime. Brest, par exemple, regroupe
aujourd'hui le nombre le plus élevé de chercheurs d'Europe
dans ce domaine (près de 3000). Elle bénéficie également d'une
réparation navale civile réputée, sans compter le potentiel
technique que représente la DCN avec ses 2000 ouvriers, techniciens
et ingénieurs. Les autres ports bretons, Nantes et Lorient
en particulier, disposent également d'un potentiel remarquable.
Aujourd'hui, face à l'évolution insoutenable du trafic routier,
le cabotage redevient un projet social, économique et environnemental
intéressant pour tous. Les ports bretons, même s'ils ne peuvent
évidemment prétendre rivaliser avec les géants du nord de
l'Europe, n'ont pas pour autant vocation à devenir des espaces
de nostalgie et de distraction, des bassins pour la plaisance
ou des lieux de rassemblements maritimes internationaux tous
les quatre ans. Les rapports de la Bretagne à la mer ne sont
pas achevés. L'activité économique maritime n'est pas pour
la Bretagne un vestige d'un passé glorieux. Elle doit et peut
avoir un avenir dans une logique d'aménagement du territoire
plus cohérente, plus humaine et mieux équilibrée et dans une
perspective de développement durable.
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| Texte rédigé par Jean-Paul Hellequin président
de l'association Mor Glaz, pour le mensuel "
Le Peuple Breton " de janvier 2006
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