Le 22 juillet 2005
ESPACE DES SCIENCES A MORLAIX:
texte de Michel GLEMAREC
Du Torrey-Canyon ( 1967) à l'Erika (1999) dans cette
longue litanie d'accidents pétroliers chacun a apporté son lot d'enseignements
quant à la dégradation puis à la restauration et à la restructuration
des écosystèmes côtiers .
Les biologistes marins possèdent aujourd'hui un ensemble
de connaissances qui permettent une comparaison des différentes perturbations
et une prévision des temps de restauration.
La catastrophe de l'Amoco Cadiz reste à ce jour la plus
grande perturbation apportée à l'écosystème marin, tant par la surface
touchée que par le temps nécessaire à la restauration (5 à 6 ans)
.
Lorsque l'essentiel de la faune est détruite, une faune
de substitution s'installe et en triturant le sol contaminé par les
hydrocarbures elle peut favoriser la dégradation du pétrole et laisser
petit à petit la place aux espèces tolérantes puis plus tard aux espèces
sensibles qui avaient disparu. Ce sont ces dernières qui assurent
le véritable équilibre de l'écosystème restauré. Espèce par espèce,
avec des cycles biologiques différents, dans la mesure où elles sont
commerciales il est possible de savoir quelle(s)génération(s) ont
été touchées. Le Tourteau a été plus sévèrement touché que l'Araignée
par exemple….
En Alaska suite à l'Exxon Valdez , aucune recherche
n'a permis d'expliquer pourquoi les stocks exploitables de hareng
et de saumon se sont écroulés 3 et 4 ans après la marée noire. Dans
le cas de cette dernière, l'analyse des compartiments les plus élevés,
ou les plus proches de l'homme, les prédateurs comme l'Aigle marin,
les Orques, les Loutres, les Oiseaux a révélé les interactions complexes
qui existent dans les écosystèmes de ces hautes latitudes. En zone
tempérée ces niveaux inférieurs n'existent pas ou ont disparu. Dans
tous les cas, s'il n'est pas toujours possible de prouver que l'on
a perdu une partie de la biodiversité. Il est devenu classique
de voir ces événements profiter à des espèces opportunistes et communes
au détriment d'espèces sensibles et rares. La fréquence des événements
perturbateurs est donc la clé du problème, étant donné que ces perturbations
accidentelles viennent s'ajouter à la perturbation chronique des zones
côtières.
Une marée noire c'est avant tout un choc émotionnel
très fort qui engendre très vite une catastrophe économique alors
que la perturbation est relativement moins importante. La part de
ces trois types de perturbations mérite d'être analysée. En Alaska
on a assisté à de véritables changements sociologiques au sein des
communautés indiennes, la baisse des activités de subsistance basée
sur la chasse et la pêche, le déclin de la solidarité ont entraîné
une véritable perte d'identité de ces populations "matures" qui sont
devenues assistées devant la pénurie de la ressource.
En Bretagne, l'Amoco Cadiz ( et les autres) a accéléré
le déclin d'activités vieillissantes….et les petites unités de pêche
ont été remplacées par des armements puissants (le Conquet, Roscoff
....) l'effort de capture a ainsi été considérablement augmenté, plus
rapidement que prévu. Certaines ressources sont aujourd'hui très amoindries.
Le transport pétrolier c'est aussi les dégazages responsables
d'une partie de la pollution chronique, lorsque l'on évoque une norme
de rejet inférieur à 15PPM (partie par million). Les américains en
terme de toxicité parlent depuis l'Exxon Valdez, de dixième de partie
par milliard (0,1 PPM)..... il devient alors totalement illusoire
de respecter de telles normes !
Au 21ème siècle il n'est plus question de se comporter
comme au 19ème siècle. Quant aux déballastages, ils sont responsables
de la dissémination au travers des océans de
formes enkystées de plancton végétal dont certaines
sont toxiques. Une fois libérées en milieu marin elles sont ingérées
massivement par des mollusques filtreurs, ce qui ne les tue pas, mais
les rend impropres à la consommation. Ces explosions de Dinophysis,
d'Alexandrium......ont des conséquences économiques sans précédent.
Toutes ces manifestations liées au transport pétrolier
ont donc aujourd'hui des causes bien identifiées. Face au mal, il
faudra bien que l'on accélère la mise au point des remèdes.