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Légion d'honneur : Olivier de Kersauson décore Jean Bulot

Double évènement, hier à Brest, sur l'Abeille-Flandres, remorqueur de haute mer. L'ex-commandant Jean Bulot a été fait chevalier de la légion d'honneur. Et son parrain n'est autre qu'Olivier de Kersauson. Deux sacrés tempéraments liés par une vieille amitié.

C'était vraiment un évènement. La preuve : Olivier de Kersauson avait troqué son éternel jean-pull pour un blazer bleu marine et un pantalon blanc qui lui donnait l'élégance d'un yachtman anglais. La classe.

Mais, le roi de l'improvisation, chevalier de la légion d'honneur depuis 89, craignait le trou de mémoire. Et quelques secondes avant la cérémonie, il répétait encore, en demandant conseil au commandant du port militaire de Brest, Roger Guillamet : « C'est bien « Au nom du président de la République et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés ?.. »

C'était bien cela. Et l'Amiral n'a pas oublié son texte lorsqu'après de très brefs propos introductifs, il a remis à son ami Jean Bulot la légion d'honneur. Cérémonie très sobre. Peu à l'image de ces deux personnages, d'ordinaire très prolixes. Il est vrai qu'ils n'ont pas besoin de beaucoup parler pour se comprendre. Le regard qu'ils ont échangé, en se tenant par les bras, valait de longs discours.

Secouru en 86 par Jean Bulot Ni l'un ni l'autre ne sont originaires de Brest. Et pourtant, ce sont deux grandes figures de la vie brestoise dont les exploits en mer, l'un à la voile, l'autre à la barre de son remorqueur, ont cimenté une solide amitié. Olivier de Kersauson figure, du reste, parmi les innombrables marins secourus en mer par Jean Bulot. C'était en 86, lorsque le trimaran « Poulain » du navigateur avait failli aller se fracasser sur les cailloux de Molène. Cela crée des liens.

Pendant une vingtaine d'années, avant et après la catastrophe de l'Amoco qui fut déterminante pour la présence permanente de remorqueurs de haute mer à Brest, Jean Bulot s'est illustré dans le sauvetage en mer. Des centaines d'interventions. Mais hier, ni l'un ni l'autre, ne sont revenus sur ces épisodes. Ils avaient décidé de faire bref.

Olivier de Kersauson a juste confié, en aparté : « Ces gens-là sont des seigneurs de la mer. Et c'est malheureux qu'on ait mis à la retraite, à 55 ans, un commandant de cette envergure » .

Ouest-France 22mai 1996