A
près le Torrey Canyon dans la Manche en 1967, l'Amoco Cadiz
en Nord Finistère en 1978, l'Erika sur les littoraux bretons
et vendéens en 1999 et le Prestige en 2002 au large de la Galice,
les côtes françaises sont fréquemment polluées par les marées
noires dues aux naufrages pétroliers.
A l'échelle mondiale,
on estime à 6 millions le nombre de tonnes d'hydrocarbures introduit
tous les ans dans les océans soit un naufrage tous les deux
ou trois jours ! A l'heure où 90% des marchandises transitent
par la mer, les eaux sont ainsi contaminées de façon quasi permanente
par un film d'hydrocarbures.
Basée à Brest, l'association
Mor Glaz s'insurge et milite pour défendre la mer et toutes
les activités maritimes.
L'association
de citoyens qui entend défendre les marins, la mer, la faune,
la flore marine, l'agence de sécurité maritime, le développement
du cabotage et dénoncer toutes les dérives du transport
maritime :
Mor Glaz (Mer Bleue en breton) est présidée par
Jean-Paul Hellequin tout nouveau retraité de la marine de commerce.
L'association de type 1901 depuis juillet 2003 et les citoyens
qui la composent entendent imposer Brest comme pôle de la sécurité
maritime en France. " Le transport maritime mondial connaît
un important développement depuis plusieurs décennies.En trente
ans, le transport de marchandises par la mer a progressé de
430%, dans le même temps son coût a régressé de 30%. Prochainement,
le développement sera de 5% par an pour le transport par conteneur,
et de plus de 15% par an pour les produits chimiques.Ce développement
s'est accompagné de dérives que nous subissons tous : des marins
aux populations du littoral en passant par la faune et la flore
marine, ainsi que l'économie locale en cas de naufrage qui pollue
de manière visible." expose Mor Glaz en signalant que
70% du commerce maritime européen (40% du trafic mondial) passe
devant le littoral breton-normand.
La pollution marine se présente sous trois formes
distinctes : très visible, visible et invisible. Les catastrophes
spectaculaires dites " très visibles " ne représentent que 2
à 3% de la pollution marine. La pollution " visible " est due
aux dégazages et déballastage (soit, à titre d'information,
6 à 8 millions de déchets hydrocarbures par an). Enfin, 60 000
à 100 000 conteneurs sont jetés à la mer chaque année, ce sont
les pollutions " invisibles ". " La pollution invisible est
plus grave que la pollution visible. Le contenu chimique des
conteneurs jetés à l'eau est dangereux car inconnu, s'inquiète
Jean-Paul Hellequin qui n'hésite pas à parler de navires poubelles.
Comment sommes nous passer de moins de 10% de navires inspectés
à 32% avec le même nombre d'inspecteurs et moins de moyens ?
La situation doit s'améliorer en contrôlant plus et mieux les
navires qui font escale en France et en Europe. En faisant autre
chose que du contrôle papier… "
Ces inquiétudes sont illustrées par le fait que
10 pétroliers, 15 chimiquiers, un méthanier, 7 rouliers à passagers
et 78 vraquiers considérés comme très dangereux ont été exclus
des eaux européennes en juillet 2003 mais continueront de naviguer
là où la réglementation est plus clémente. En France en 2002,
sur les 159 pollutions par hydrocarbure constatées, 18 ont été
identifiées et seulement deux d'entre elles ont été suivies
de condamnations. Par ailleurs, des 6 millions de tonnes de
produits pétroliers déversées dans la mer, seulement 2,5% sont
accidentels.
" La sécurité, la déréglementation et la pollution
sont liés. Les problèmes du transport maritime sont dus aux
pseudos-armateurs, aux sociétés de classification, aux pavillons
de complaisance, aux assureurs et aux affréteurs " ajoute
Jean-Paul Hellequin.
L'association propose notamment d'interdire aux
pseudos-armateurs de pratiquer ce métier, de contrôler sérieusement
les sociétés de classification, pénaliser et considérer comme
délinquant tous les acteurs du transport maritime qui seront
responsables d'accidents. " L'Europe doit se donner les moyens
de détruire les navires poubelles dans des chantiers européens
et empêcher un marché parallèle par la revente de navires immobilisés
dans nos ports. Il faut des inspecteurs de navigation indépendants
et plus nombreux. "
" La mer représente 85% de la planète et va
devenir une vaste poubelle si nous n'agissons pas. Aujourd'hui,
nous sommes à la croisée des chemins et les us et coutumes dans
le transport maritime doivent changer. Le manque de sérieux
des acteurs du transport maritime a rendu ce moyen de transport
un environnement de non droit dû à une politique du pas voir
et du laisser faire " conclut Jean-Paul Hellequin. L'action
de Mor Glaz pourrait se concrétiser à moyen terme par l'implantation
d'une antenne régionale de sécurité maritime à Brest. Afin de
dénoncer les armateurs grâce à cette antenne, des contacts avec
François Lamoureux de la direction générale énergie et transport
de la commission européenne sont déjà noués. Enfin, Mor Glaz
réclame un chantier de déconstruction de navires en Europe en
respectant les normes sociales et sécuritaires.