PREFACE
En
lisant le premier tome du livre de Joseph Coïc : "Journal de bord d'un
marin au long courriers", du Guil aux Emirats...tous les souvenirs de
ma vie de mousse à la pêche côtière, de matelot ou officier
à la " Marchande", me reviennent à fleur de mémoire.
Avant
d'avoir l'âge d'embarquer, Joseph rêvait sans doute de lointains rivages,
comme le font encore, je pense, tous les enfants du Monde.Quand on habite un village
de pêcheurs comme Le Guilvinec, il est difficile de ne pas avoir le regard
tourné vers le large. La mer était omniprésente, elle faisait
partie du décor, de nos jeux. On apprenait à nager, à godiller
et à pêcher au fond du port. En 1958, dans les familles maritimes
du pays bigouden on ne s'embarrassait certes pas de vocation, on devenait marins-pêcheurs
un point c'est tout, et cela depuis plusieurs générations. Les voyages
que nous ferons plus tard à bord des navires long courriers, semblaient
n'exister que dans des livres. Il y avait cependant, le long du littoral breton,
une sorte de transhumance estivale. La pêche à la sardine, par exemple,
faisait se déplacer les équipages ( de la Loire à la presqu'île
de Crozon). Joseph pratiquera ce métier durant un été. D'autres
pêches saisonnières ( thon et langouste) peuplaient les récits
de nos pères. Mais les marins n'étaient pas bavards. Tout restait
à découvrir....
Après
son premier embarquement, à 15ans sur un chalutier, le jeune mousse du
Guilvinec aurait pu tout aussi bien rester pêcheur dans le sillage de son
père et de son frère, péris en mer tous les deux dans le
même naufrage, au large de Penmarc'h. Cétait sans compter sur les
conseils et le pouvoir persuasif du directeur de l'école d'appentisssage
maritime.
Même si son âme
de pêcheur est restée bien ancrée au fond de ses tripes, Joseph
Coïc ne regrette pas d'avoir changé d'amure au début de sa
longue carrière. Ce livre autobiographique en est la preuve. La navigation
au long cours est pour lui une porte ouverte sur le monde: Rotterdam, Alexandrie,
Karachi, Cape Town, New York...
Son
" Journal de bord" fourmille d'anecdotes. Tout au long de ces
pages, que de souvenirs en ribambelles, se dépliant et s'accrochant les
uns après les autres! Nous les voyons s'étirer, s'entraîner,
se bousculer, tourbillonner au gré du courant et du récit que nous
en fait l'auteur. Chaque histoire relatée est un document, un témoignage.
Nous revivons ainsi, l'espace d'un livre, les traversées, le roulis, les
escales, la rudesse du métier de marin, ses désagréments,
mais aussi les moments exaltants.
Du
vrai, du fort, du vécu!