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Avec Mor Glaz
Créons,imposons ensemble
une autre ambition maritime pour
La Bretagne

à droite François Pellennec
en compagnie du Commandant de Yvon Mounés
(expert maritime adhérent à l'association
MOR GLAZ)
Aujourd'hui la Bretagne ne joue qu'un rôle insignifiant dans
le trafic maritime, par rapport à sa culture, son Histoire et
aussi sa géographie ses côtes dépassant plus du quart du littoral
français.
Si à partir des XV me et XVI me siècle la Bretagne était une
des premières puissances maritimes mondiales, elle était encore
aux XVIII me et XIX me et de loin, la première province maritime
française (ainsi les statistiques établis en 1802 permettent de
préciser que la France se trouve en seconde position, immédiatement
après la Grande Bretagne, avec une flotte de 730 000 tonneaux
de jauge, et, que la Bretagne possède à elle seule une flotte
de pêche et de commerce supérieur en nombre et en tonnage à celle
de l'Espagne. Le vieillissement des flottes et surtout le manque
d'investissement pour passer du stade artisanal à une échelle
plus importante fera pratiquement disparaître ces activités.
Si nous comparons à la Norvège, le Danemark, la Grèce qui sont
trois régions à peu près comparables à la Bretagne et qui ont
su maintenir une politique de la mer nous nous apercevons qu'à
elles trois elles contrôlent aujourd'hui plus du quart de la flotte
mondiale. A elle seule la Norvège est la quatrième puissance maritime.
Les gouvernements français n'ont mené depuis trente ans qu'une
politique de soutien minimal à sa marine de commerce, se limitant
à gérer le déclin afin qu'il reste socialement acceptable pour
les marins et les ouvriers de la construction navale.
Si l'Europe draine aujourd'hui à elle seule plus du tiers du
flux maritime mondial avec 1,3 milliards de tonnes le trafic est
pratiquement concentré dans les seuls ports du Nord : Hambourg,
Anvers, Gand, Zeebrugge, Rotterdam et le Havre Cette situation
devrait encore s'amplifier au cours de la prochaine décennie avec,
selon le Word Sea Trade Service, un doublement du transport de
marchandise (au rythme de + 6,4 % par an) avec des navires, souvent
sous normes et des compagnies maritimes totalement incontrôlables.
Le seul port de Rotterdam totalisait en 1994 avec ses 300 millions
de tonnes l'équivalent du trafic de l'ensemble des ports français.
Tout l'aménagement de l'espace européen est conçu autour de critères
fixés par la commission européenne. Ainsi, pour définir le schéma
d'aménagement du territoire, on ne prend en compte un port que
s'il dépasse tous les mois le million de tonnes de fret et plus
de 20 000 passagers. Aujourd'hui sur les 180 ports de l'Atlantique-Manche-Mer-du-Nord
seuls 6 dépassent ces chiffres. Les autres doivent-ils être voués
à la mort ou réorientés, pour survivre, comme bassins pour la
plaisance?
Une autre vocation pour la marine de commerce Si aujourd'hui
85 % des transports commerciaux de l'union européenne s'effectuent
par la mer, il faut savoir que 80 % de ces échanges s'opèrent
entre Le Havre et Hambourg, sur seulement 3 % du périmètre côtier
européen. L'ensemble des ports de l'Atlantique ne représente que
4 % de ces échanges. La logique de l'économie mondialisée se caractérise
par la concentration des flux maritimes sur uniquement quelques
sites. La France n'est pas, n'est plus maîtresse de ses choix
puisque désormais c'est au niveau de l'Europe que tout se décide
en suivant une logique planétaire des marchandises transportées
en continu et surtout sans rupture de charge autour de la planète.
Désormais les enjeux d'évolution sont fixés à l'échelle mondiale
par les opérateurs internationaux. La recherche de compression
des coûts est réalisée par la massification des marchandises sur
des navires géants, des trajets directs vers les gros hinterlands
("arrière-pays" en anglais) et vers la concentration des sociétés
armatoriales (en 1985, par exemple, les 20 premiers armateurs
détenaient 36 % de la capacité mondiale de transport par mer.
Ils concentrent 50 % à partir de 1995 avec 4,1 millions d'EVP
(équivalent conteneur 20 pieds). Aujourd'hui à Rotterdam il n'y
a plus qu'un seul opérateur qui gère l'ensemble des navires, au
Havre le port est dirigé seulement par 3 opérateurs. Seules deux
sociétés françaises surnagent, la CMA/CGM et la Delmas. En tenant
compte des déplacements de la bourse il est possible que demain
il n'existe plus qu'un ou deux ports importants au niveau de l'Europe.
Ces opérateurs tiennent à privilégier d'abord les ports les mieux
placés et les mieux pourvus: Installation de nombreux portiques
qui doivent permettre à leurs navires d'effectuer un temps d'escale
minimum (au Havre, 7 navires par jour, doivent être desservis.
Il est prévu une augmentation des flux de l'ordre de 8 % par an
pour les conteneurs qui représentent désormais 20 % de l'ensemble
du transport) ce qui impose pour le port élu l'obligation d'immenses
espaces de stockage à proximité des quais et d'importantes dessertes
terrestres. Cette concentration au nord de l'Europe correspond
bien à leurs exigences d'écouler, le plus rapidement et le plus
loin possible leurs marchandises en construisant des nouvelles
autoroutes, des réseaux ferrés, l'écoulement par les fleuves en
drainant ainsi toute l'Europe en profondeur et en constituant
"des corridors de fret". Toute l'Europe doit se transformer en
fonction de leurs besoins.
En moins d'une génération nous sommes passé de la notion de
port, point de passage obligé de la marchandise, à la notion de
port élément d'une chaîne complexe permettant aux grands groupes
financiers de façonner l'Europe suivant leurs besoins pour écouler
rapidement leurs produits. Nous entrons bien ici dans le cadre
d'une mondialisation dans son aspect le plus vif et le plus dur.
De telles concentrations ne sont-elles pas porteuse de déséquilibre
?
Les ports, mis de côté par de telles décisions, ne peuvent-ils
pas alimenter une autre logique d'évolution et d'urbanisation
de tout l'espace littoral ? Depuis une trentaine d'années nous
assistons à une nouvelle mutation du monde maritime. Le bateau
ne fait que confirmer son avance sur tous les autres moyens de
transports terrestres: sa consommation est par exemple dix fois
plus faible que celle du train. Il n'est pas tributaire des contraintes
de gabarit de hauteur ni de poids. Il n'est pas tributaire ni
de l'état ni de l'entretien des routes, ni de la construction
nouvelle d'autoroutes pour écouler les marchandises. Il est bon
de rappeler que la seule autoroute qui existe depuis toujours
et qui ne coûte pas cher aux contribuables c'est l'autoroute maritime.
Au XIX me siècle nous avions déjà connu le long du littoral
la création des fonderies, les usines de traitement du sucre à
Nantes, la réparation navale à Saint Nazaire, l'huilerie, la savonnerie…
Puis, avant la seconde guerre mondiale le raffinage du pétrole.
Nous voyons aujourd'hui la production sidérurgique se déplacer
" vers le bord de l'eau " (la sidérurgie française s'est déplacée
des régions traditionnelles du nord et de la Lorraine vers Dunkerque
puis vers Fos. De même, malgré la puissance de zones industrielles
comme la Ruhr ou la Sarre, nous remarquons également un glissement
de la sidérurgie s'effectuer vers le littoral)
Le bateau peut donner une nouvelle dimension maritime à l'Union
Européenne, notamment à travers la protection des zones côtières,
la pêche, les transports maritimes. Le cabotage est une occasion
de renouer avec ce qui a constitué la force de nos régions dans
le passé en créant une autre logique d'aménagement du territoire.
Toutes les infrastructures portuaires existent depuis des siècles
et sont dans l'attente d'une relance. C'est pourquoi nous ne pouvons
voir qu'avec intérêt le gouvernement français se désengager de
ses droits et obligations en transférant, par une loi de décentralisation,
les principaux ports d'intérêts nationaux, vers les régions et
les collectivités locales à partir de 2007.
Ces espaces portuaires décentralisés offrent aujourd'hui l'opportunité
de s'orienter autour de quelques atouts principaux comme la constitution
d'une nouvelle flotte, l'utilisation des infrastructures portuaires
existantes, une nouvelle relance des arrières pays. Les villes
portuaires peuvent devenir à nouveau les interfaces majeures du
commerce international. Bien organisées, bien pourvues, elles
peuvent devenir indispensables entre les zones de production et
celles de consommation.
La ville portuaire et toute sa région pour progresser doit dépasser
le système hexagonal français, où tout est concentré, centralisé
vers Paris, pour un autre système beaucoup plus large de coopération
entre les régions: une Europe Polycentrique autour de plusieurs
territoires. L'Arc Atlantique regroupe à lui seul, depuis 1989
vingt deux régions, de l'Irlande au Portugal, mais d'autres pôles
existent qui seraient également partants comme la Mer Baltique,
Les Iles, La Mer du Nord et une grande partie de la Méditerranée
l'ensemble regroupant aujourd'hui 180 ports.
C'est désormais les qualités du port, les activités de son arrière
pays, les valeurs et les qualités de sa culture et de son patrimoine
qui peut devenir élément d'attraction. A nouveau le port, l'estuaire,
peut revaloriser le pays en mettant en commun tous les acteurs
pour un développement durable. Il devient désormais possible grâce
au port de créer une nouvelle logique d'animation et d'organisation
des territoires, un nouveau creuset actif pour l'activité des
hommes car ce qui va circuler dans les ports se sont tous les
moyens de production et d'évolution de demain.
Le port, à nouveau, peut constituer le lien entre la ville, le
développement du pays et le reste du monde au niveau commercial
(transport par conteneurs, vrac liquides et solides, industriel
et semi-industriel, transport de produits élaborés de qualité
par conteneurs réfrigérés (salaisonnerie, plats préparés réfrigérés,
poissons…), voire même participer à la découverte des arrières
pays en organisant des croisières culturelles avec le transport
de passagers.
C'est pourquoi nous pensons que le cabotage, s'inscrivant aujourd'hui
dans cette vision du transport maritime régionalisé avec des navires
adaptés peut constituer pour l'Europe une formidable alternative
à ces problèmes de transports mondialisés.
- Il est un moyen nouveau de dynamisation pour développer nos
économies régionales avec une autre logique d'utilisation de l'espace,
donnant enfin, une dimension humaine et citoyenne à l'Europe en
affirmant la nécessité de la qualité de la vie comme élément moteur
essentiel de la construction européenne.
- Il permet une répartition plus équilibrée des hommes et des
richesses afin de renforcer la cohésion économique et sociale
de l'union européenne et il œuvre pour la coopération inter-régionale
par une meilleure prise en compte des particularités des régions
périphériques comme la Bretagne
Le cabotage redevient un projet global socialement et économiquement
intéressant pour tous. L'idée nouvelle et innovante pour une relance
des activités économiques consisterait donc aujourd'hui à réutiliser
les routes anciennes de cabotage reliant la Bretagne et les ports
français au Portugal, l'Espagne, l'Angleterre, l'Irlande, le Bénélux,
l'Allemagne et tous les pays du Nord. Aujourd'hui 127 régions
européennes ont donné leur accord pour la création d'une Europe
Polycentrique (conférence des régions périphériques maritimes
d'Europe) ce qui représente 143 millions d'habitants et plus de
45 % de la surface européenne en employant au niveau de la communauté
européenne les mêmes règles juridiques et pratiques (concernant
par exemple la composition des équipages, les avantages sociaux,
les brevets de navigation, les équipements de sécurité des navires,
l'organisation de la demande par l'amélioration des communications
informatiques en temps réels entre transporteurs maritimes et
terrestres, l'amélioration des possibilités de transport et de
déchargement dans les ports comme la navigation sur les fleuves
et les canaux...)
Plusieurs spécialistes maritimes (*) (*)Rapport
suite à une rencontre, le 26 octobre 2001, des Conseils Economiques
et sociaux de Bretagne, Pays de Loire, Basse Normandie, Poitou,
Charente et Aquitaine, concernant "Le renouveau du cabotage sur
la Façade Atlantique" ) devant l'urgence de tels projets
envisagent la création rapide d'un "Fonds européen de Garantie
pour le Cabotage Maritime, le FEGACAM" qui aurait pour objectif
la création d'au moins 120 lignes régulières, pouvant transporter
chaque année 30 à 40 millions de tonnes de marchandises (Ces marchandises
sortiraient ainsi d'un trafic routier trop engorgé, un seul exemple:
l'axe routier Bordeaux-Irun enregistre bon an mal an un flux de
7000 poids lourds par jour dont plus de la moitié ne font que
transiter entre l'Europe du Nord et la Péninsule ibérique. Il
est prévu une croissance de 15% par an et un doublement du trafic
tous les sept ans).
Un caboteur nouveau tel le C120 du projet Karvor (le camion des
mers en breton), peut se déplacer sur 1000 Km, en moins de 24
heures, en déplaçant dans ses soutes l'équivalent de 120 camions
en conteneurs ou en remorques de camions non accompagnées. Ces
navires sont étudiés pour avoir un équipage de 6 personnes répondant
à la réglementation en vigueur pour naviguer 24 heures X 24. Chaque
navire possède son propre système de manutention pour assurer
la connexion entre les modes de transport terrestre et maritime,
chargement-déchargement du bord à quai, mais aussi possibilités
d'entreposage directement sur un quai, un camion ou un train.
Ce type de navire permet de connecter les grands ports transocéaniques
de transbordement (hubs) vers ceux plus petits en organisant l'écoulement
des conteneurs: "le feedering", un peu comme le facteur des PTT
va récupérer le courrier à la poste centrale pour l'écouler ensuite
dans les boites à lettres personnelles.
La configuration de sa coque et son faible tirant d'eau, car
ce type de navire est aussi étudié dans le cadre du "fluvio-maritime"
ce qui lui permet de naviguer également sur les abers, les fleuves,
les canaux, permettant ainsi à un certain nombre de centres industriels
de l'intérieur des terres d'avoir à nouveau un accès direct au
transport maritime et à la mer. Avec un tel type de navire il
est possible d'assurer des liaisons directes entre le producteur
et les distributeurs sans les coûts et les risques pour la marchandise
qu'impliquent les différents transports ou les ruptures de charge
dans un port. En fait cette notion d'aller directement du producteur
au consommateur en utilisant la mer et les possibilités de remonter
au plus profond des estuaires, pour pénétrer souvent jusqu'à 15
à 20 Km, voir plus, de la mer pour écouler les marchandises a
été inventée par les marins bretons il y a plusieurs siècles.
L'écoulement des produits de l'agriculture ou de l'industrie locale
par la mer était tellement déterminante que, le lin et le chanvre
dans le nord-Bretagne principale production pour l'exportation,
était limitée par la distance maximale de marche d'une journée
de cheval du port ou de la cale d'embarquement.
Ce fonds garantirait le financement de la construction de caboteurs.
D'après leurs analyses et pour répondre aux besoins, il est indispensable
de constituer, sur une période de dix ans, une flottille d'au
moins 200 caboteurs, nouvelle génération, de tailles réduites
(maximum 90 m de longueur pour une quinzaine de largeur, un faible
tirant d'eau et possédant des moyens autonomes de manutention
pour l'embarquement des remorques et des conteneurs). Ce fonds
européen faciliterait également le lancement de lignes et couvrirait
même les éventuels sinistres (les échecs armatoriaux dans le lancement
de lignes sont dus, dans leur grande majorité à un manque de trésorerie
durant les trois premières années. Il est proposé d'aider les
armateurs, à hauteur de 3 millions d'Euros, pendant dix ans par
des avances de trésorerie et en se portant caution auprès des
banques)
Trois phases avaient été envisagées pendant cette réunion pour
la relance de ces activités de cabotage.
- La première, concernerait l'Arc Atlantique c'est à dire l'écoulement
des marchandises vers les ports d'Irlande, Grande Bretagne, France,
Espagne et Portugal.
- La seconde s'étendrait vers la Méditerranée (France, Italie
et Grèce)
- La dernière, vers la Manche, la Mer du Nord et la Baltique
(Allemagne, Hollande, Finlande, Suède... ) avec chaque fois un
investissement vers ces pays pour assurer l'équipement des ports
existants et une garantie de la bonne régularité de l'écoulement
des conteneurs et des remorques vers les lieux de distribution.
Pour assurer le démarrage de tels projets il ne faut plus que
la volonté des politiques européens.
Une telle activité imposerait des nouveaux bâtiments de commerce
tels par exemple ceux de Karvor et, par conséquence, la relance
de la construction navale française et européenne, la relance
de la réparation, l'amélioration et la remise aux normes de tous
les équipements portuaires existants déjà. La redéfinition des
missions des chantiers de construction navale civils sera de renouveler
cette flotte pour assurer les besoins du pays. Il faut en être
conscient, ce travail en profondeur doit être entrepris rapidement
pour relancer le commerce maritime en Europe, car pour contribuer
à développer et à assainir le commerce maritime il faut d'abord
exister. On ne peut exister qu'avec une flotte et des moyens portuaires.
Messieurs Hamon et Dubois dans un rapport présenté au nom du
Conseil Général des Ponts et Chaussées et de l'inspection des
services des Affaires Maritimes en avril 2000, rappelle "Les
pilotes et experts maritimes dont nous avons besoin, les fonctionnaires
chargés de la sécurité de nos ports et de celle de la navigation
devront-ils être recrutés à l'étranger dans quelques années faute
de navires français sur lesquels les embarquer pour les former
et leur permettre d'acquérir l'expérience professionnelle indispensable?
En effet certains métiers, bien qu'exercés à terre, ne peuvent
l'être avec la compétence voulue qu'après une expérience à la
mer suffisamment longue. Et le manque de personnel qualifié n'est
pas une hypothèse d'école comme en témoigne par exemple la faiblesse
des candidats au derniers concours de professeurs de l'enseignement
maritime, d'administrateurs des affaires maritimes, d'officiers
de port et d'officiers de port adjoints et, certaines années le
nombre de postes qui restent vacants.
Seule une politique maritime cohérente européenne bien établie
pourra faire avancer ces notions. Si chaque pays continue à jouer
dans son coin ou pire à laisser les compagnies maritimes jouer,
pour des raisons d'abord financières comme elles l'entendent,
cela ne peut pas aboutir. Sachons proposer ensemble une Europe
Nouvelle de la Mer dépolluée et performante. Les rapports de la
Bretagne à la mer ne sont pas achevés. La mer n'est pas encore
réduite à un riche passé maritime que l'on peut lire dans les
livres ni à un espace de nostalgie et d'évasion elle doit encore
demain s'affirmer comme un magnifique territoire d'innovation,
de création de nouvelles richesses pour toutes les régions et
devenir à nouveau la plus grande zone de libre échange de la planète
à condition que tous se mobilisent pour une autre politique cohérente
de relance de toutes ses activités.
La Relance des activités maritimes
L'Europe a perdu sa position dominante dans le secteur des transports
maritimes et de la construction navale, 60 à 70 % des navires
construits dans le monde sortent des chantiers asiatiques contre
tout au plus 25 % des chantiers européens. Aujourd'hui le niveau
de la flotte européenne a une incidence directe sur son aptitude
à se faire entendre dans les organismes maritimes internationaux,
ainsi, la France, transportant 0,5 % du tonnage mondial avec ses
navires, ne pèse que très peu dans les discussions par rapport
au Liberia qui en totalise 35 % ou la Grèce qui possède 50 % des
navires de l'union.
Un travail de recherche technologique est indispensable, pour
reprendre ce rôle de leader, afin d'améliorer les outils de conception
et de fabrication des navires faisant appel aux notions de construction
en série, à la mise au point de navires innovants (navires à grandes
vitesses, navires à courtes distances mais respectueux de l'environnement,
navires de cabotage tels ceux de Karvor, navires fluvio maritimes...
Navires plus sûrs, par le perfectionnement de l'automatisation
des navires, le contrôle des routes suivies par les navires par
un système de répondeurs et satellites...) Une meilleures traçabilité
du navire, de sa construction à sa destruction, comme on le pratique
désormais pour les animaux.
Pour donner une nouvelle vocation à l'ensemble des ports du littoral
européen il faut mettre au point des technologies assurant le
transport multimodal (mer, route, rail) développer les liaisons
passagères et marchandises à grande vitesse par l'adaptation des
nouvelles techniques de régulation et de gestion du trafic. Entre
1990 et 1996 la position offensive de l'Europe s'est considérablement
dégradée résultat: sa part mondiale de brevets a diminué de plus
de 25 % et sa position technologique devient de plus en plus vulnérable.
Les recherches effectuées en Europe ne se traduisent plus, du
fait du manque de moyens mis à la disposition des chercheurs,
par un accroissement de sa compétitivité technologique. Aujourd'hui
dans les discussions internationales pour imposer une réglementation
maritime et pour la mise au point d'une politique maritime européenne
globale, on a besoin d'avoir une flotte commerciale et une industrie
de la construction navale compétitive. Nous avons besoin également
de chantiers navals pour les réaliser et de fonds pour démarrer
le projet. Malheureusement, on a laissé, en France, se déliter,
se détruire les grands chantiers de construction comme ceux du
Havre ou de la Ciotat sans la moindre réaction. Il ne reste plus
que ceux de Saint Nazaire qui aujourd'hui s'orientent vers la
construction des paquebots de luxe. En ne s'orientant que sur
un seul grand chantier de construction et sur un seul produit,
la France ne risque-t-elle pas de subir bientôt la concurrence
de la Corée et de la Chine ou simplement de subir les conséquences
d'un retrait boursier ou d'une mauvaise opération d'Alsthom, son
principal actionnaire? Cette multinationale a eu de grandes difficultés
financières il y a peu de temps.
Aujourd'hui tous les armements, publiques ou privés, recherchent
des chantiers capables de remplacer les navires scientifiques,
les câbliers, les baliseurs des phares et balises ou ceux de protection
des côtes aujourd'hui rendus obsolètes. Trop souvent les propositions
gouvernementales françaises pour répondre à l'actualité démontrent
de sa totale méconnaissance du fait maritime. Ainsi le gouvernement
vient d'imposer la double coque aux pétroliers naviguant le long
des côtes françaises. Pour être conforme à cette décision il faudrait
en construire 20 000 en moins de dix ans. Comment le faire avec
un nombre de chantiers devenu aussi ridiculement faible en France
et en Europe ? En orientant tous les chantiers de la planète à
la construction de ce projet il serait peut être envisageable
d'en construire 70 par an. Nous sommes loin du compte, le seul
intérêt de la décision française aura été l'obligation pour les
armateurs de faire naviguer des bateaux neufs, conformes aux normes,
s'ils entendent longer les côtes européennes, ailleurs ils pourront
toujours poursuivre leurs activités avec leurs bateaux poubelles
Martin Bangemann propose, dans son livre "La
politique industrielle en Europe" (1992)
"Premièrement, la Communauté a besoin d'une flotte
sûre et performante, non seulement en tant que nation commerciale,
mais aussi pour sa navigation intérieure. Environ un tiers du
commerce intérieur de la communauté s'effectue sur des navires
de mer et fluviaux. La communauté possède un intérêt élémentaire
à maintenir les structures concurrentielles de marché pour ne
pas être victime d'une dépendance unilatérale.
Deuxièmement, la construction navale est, de
nos jours, le résultat du concours de plusieurs facteurs . La
recherche maritime, les armateurs, les chantiers navals, les sous-traitants
et l'industrie d'équipement constituent un réseau de relations
qui définit la compétitivité. La perte de compétence industrielle
détruirait en même temps ces réseaux avec toutes les conséquences
sur les emplois des secteurs périphériques.
La troisième raison est due au fait que l'importance
de la construction navale s'étend bien au-delà de son secteur.
Les océans forment une base vitale de plus en plus essentielle
pour l'humanité. Plus on prend conscience de l'importance des
ressources de la mer, plus les préoccupations à propos de la pollution
croissante des mers grandissent. Les accidents graves provoqués
par des pétroliers soulignent la nécessité d'imposer des règles
internationales plus sévères et des mesures de sécurité. Si les
Européens veulent y participer il faut qu'ils continuent à construire
des navires afin de faire leurs expériences personnelles et pouvoir
imposer des normes sur le plan international."
Protéger notre environnement
maritime
A partir de 1993 et suite à une réflexion politique globale de
l'Environnement a été lancé "le plan bleu : le sauvetage
entre autre de la rade de Brest et de l'ensemble du littoral breton.
Il s'agissait dans une telle opération de protéger les ressources
halieutiques, et donc l'existence de la flottille de pêche, la
notoriété de la rade et de son attrait touristique. Protéger la
rade comme le littoral constituait et constitue toujours un élément
fondamental pour le département du Finistère.
Comment par exemple la ville de Brest, qui se veut ville scientifique
de la mer pourrait-elle rendre crédible la compétence de ses scientifiques,
si à leurs pieds, l'espace marin continue à se dégrader ? C'était
donc bien l'image de Brest et de l'ensemble du Finistère qui était
en jeu. Les élus, les scientifiques ont du faire la démonstration
de leur capacité à sauver la rade et à redresser sa production
coquillière à l'époque la principale activité de pêche.
Appliquer une politique de l'environnement est courageux car
c'est vouloir créer un nouveau style de vie et donner une nouvelle
responsabilité à chaque citoyen. Nous ne pouvons que contribuer
à la poursuite d'une telle politique. C'est par ce moyen que nous
pouvons appliquer enfin une politique en faveur de l'Homme, de
la Nature et qui doit normalement sauver la rade et tout le littoral
breton.
La rade de Brest, un fragile
équilibre
Depuis plusieurs dizaines d'années les ressources halieutiques
(poissons, crustacés, coquilles..) décroissent et, avec elles,
la flottille, le nombre de marins pêcheurs, les emplois induits,
l'attrait touristique... Sans vouloir entrer dans le détail, il
faut savoir que la richesse de la rade de Brest a toujours été
liée aux apports en eau douce issue des bassins versants. Pendant
des centaines d'années les diverses populations animales sous-marines
ont vécu des sels nutritifs et des matières organiques rejetées
par les différents cours d'eau. L'eau de l'Aulne, de l'Elorn chargée
de sels dissous finit toujours dans la rade avec les restes des
déchets organiques animaux ou végétaux. La rade est le point d'aboutissement
d'un immense réseau hydrographique couvrant plus du quart du Finistère.
Elle est le réceptacle d'immenses terres agricoles. Ce qui a fait
sa richesse hier la fait mourir aujourd'hui car ces rejets trop
riches en phosphates, nitrates, pesticides, métaux lourds aboutissent
dans cette petite mer fermée de 180 Km 2 (elle met entre sept
à huit ans pour se renouveler entièrement). Sans vouloir entrer
dans le détail, il faut savoir que la rade reçoit chaque année
environ 10 000 tonnes de nitrates par l'Elorn et 20 000 tonnes
par l'Aulne sans compter 14 tonnes journalières, de phosphore
provenant pour la plupart des élevages de volailles et 5 tonnes
de fertilisants minéraux qui disparaissent dans les rivières,
un lisier tellement abondant que l'on ne sait plus le traiter.
Les conséquences malheureusement on les connaît: dans les années
1950-60, près de 1 000 marins pêcheurs vivaient de la rade et
travaillaient en moyenne 200 jours par an. Il n'en reste plus
aujourd'hui que 90 qui limitent volontairement à 50 jours leurs
activités de dragage des coquilles Saint Jacques et des pétoncles.
L'autre espèce phare, la fameuse huître plate, prélevée d'abord
par dragage sur les bancs naturels, puis par élevage en eau profonde,
est passée, de 500 tonnes dans les années 1960 à pratiquement
zéro à partir de 1976 du fait d'une parasitose. Aujourd'hui la
production est quasiment nulle.
Le fait que plus de la moitié de la production porcine française,
se trouve concentrée en Bretagne n'est pas étranger à cette situation.
Entre 1970 et 1991 l'élevage porcin s'est enrichi pour atteindre
aujourd'hui les12 millions de têtes et le nombre de volailles
dépasse désormais les 114 millions de têtes. Ces porcs et ces
volailles polluent actuellement autant qu'une ville de 24 millions
d'habitants qui serait dépourvue de station d'épuration. Tous
ces animaux rejettent chaque jour 29 000 tonnes de matières oxydables
qui finissent à terme dans les rivières, s'infiltrent dans les
nappes souterraines et terminent dans la mer.. Depuis des années,
nous voyons également sur l'ensemble des côtes bretonnes une prolifération
d'algues vertes et par endroit de plus en plus d'algues rouges
toxiques. Il est urgent d'intervenir. Si nous laissons la situation
se prolonger sans tenter d'interrompre le processus, dans moins
de dix ans il n'y aura plus rien de vivant dans la rade ni de
comestible sur les côtes.
L'intérêt du contrat de baie est de prendre en considération
l'ensemble de ces sources de pollution, maritime, urbaine, rurale,
dans la mesure où elles forment un tout. En fait, tout le monde
se doute bien que c'est la combinaison de multiples causes qui
a créé la situation actuelle. C'est pourquoi l'essentiel du programme
consiste à expérimenter des nouvelles méthodes à proposer aux
professionnels dans chaque secteur d'activité. Ainsi, aux agriculteurs,
les scientifiques proposent la constitution de zones humides qui
serviront de "tampons" entre les champs et la rade (réinventer
les prairies. Dans ces marais les métaux lourds et les nitrates
s'oxyderont et disparaîtront dans le temps. De même, ils entendent
contrôler les plans d'épandage de lisiers en favorisant la création
d'usines de traitement des déchets. En fait, ce qu'ils proposent
c'est surtout une modification des pratiques professionnelles
pour les rendre moins polluantes. La suppression des farines animales,
suite aux problèmes de vache folle, devrait aboutir à une agriculture
plus intelligente et moins polluante Mais est-il possible d'être
moins polluant en poursuivant la culture intensive, la course
au rendement et toute la logique de concentration agricole actuelle
?
La protection des écosystèmes
Protéger les écosystèmes n'a rien à voir avec la protection de
telle ou telle espèce. Un écosystème est composé de diverses espèces
en équilibre entre elles, les unes mangeant les autres. Quand
il n'y a plus de nourriture pour une espèce, elle meurt. La nourriture
d'une autre espèce disparaît donc à son tour et très vite c'est
toute la chaîne alimentaire qui se détériore. Protéger les écosystèmes
revient à protéger toute la chaîne alimentaire. Parallèlement
à ces recherches une "photographie" du fond de la rade doit être
entreprise périodiquement. Ainsi après nettoyage de zones considérées
saines il est semé périodiquement des juvéniles de coquilles Saint-Jacques,
pétoncles, praires permettant d'établir le bilan de la situation
et d'examiner son évolution dans le temps. C'est ainsi que l'on
a découvert l'exemple inquiétant des crépidules.
Ce gastéropode, en forme d'oreille, issu de la côte Est des USA
est arrivé en France collé à la coque des navires américains en
1944 au moment du débarquement. Il s'est peu à peu acclimaté en
s'étendant le long du littoral de la Manche puis de l'Atlantique
vivant en harmonie avec l'ensemble de l'écosystème marin jusque
dans les années 1970. A partir de cette époque il commence à proliférer
considérablement. On constate au fond de la rade de Brest mais
également dans tous les embouchures des abers et tout le long
du littoral la naissance de micro algues, de petites ronces toxiques,
qui mortelles pour la plupart de l'écosystème et les poissons,
sert de nourriture intensive à ce gastéropode.
C'est l'époque où sur terre, l'agriculture commence à entreprendre
un virage vers la production intensive. Beaucoup des engrais étalés
dans les champs, se retrouvent, par l'intermédiaire des pluies,
des ruisseaux, des rivières puis des bassins versants au fond
de la mer. Ces micro algues toxiques se nourrissent principalement
de rejets d'engrais fortement azotés. Après une bonne pluie une
grande partie de ce qui est étalé dans le champ se retrouve au
fond de la mer. En 1997, les scientifiques ont évalué le stock
de crépidules dans la baie de Saint Brieuc à 250 000 tonnes, 200
000 au large de Cancale, 25 000 tonnes dans la rade de Brest,
traînant autour, ses déchets organiques (un mélange de vase et
de colle visqueuses de l'ordre de 85 000 tonnes). A certains endroits
on trouve désormais sur une grande étendue, une couche de 30 à
40 cm d'épaisseur, constituée de ce mélange visqueux de crépidules
et de ses excréments.
Aujourd'hui par rapport à cette extension les scientifiques s'interrogent
car s'ils prennent la décision de nettoyer cette mer fermée que
constitue la rade en pompant crépidules et vase, ce qui imposeraient
d'énormes moyens techniques et financiers, ils risquent, modifiant
le milieu, de provoquer l'extension des algues et de ronces toxiques.
Si aujourd'hui ces algues ne prolifèrent pas c'est qu'elles constituent
la principale nourriture de ces gastéropodes. Cette ronce consommée
aujourd'hui par ces prédateurs dés sa naissance sous forme d'algue
microscopique risque demain, si on la laisse s'épanouir, de constituer
des grosses touffes de ronce mortelles pour les poissons. Ce qui
peut paraître étonnant aujourd'hui c'est que ce coquillage détruisant
une faune toxique pour se nourrir permet aux poissons et aux crustacés
et aux coquilles de vivres dans un milieu équilibré en assurant
les échanges azote et silice du milieu.
Le premier objectif a atteindre, avant toute intervention est
d'abord, pour les scientifiques, de ramener la colonne d'eau de
mer à être la moins polluée possible par les rejets d'engrais
azotés, phosphatés, nitratés ce qui impose obligatoirement une
autre évolution de l'agriculture, mais là nous entrons dans un
autre problème car si on veut faire bouger les agriculteurs, surtout
ceux qui pratiquent l'élevage intensif il faut imposer des choix
politiques, imposer des décisions claires entre d'un côté la conservation
de la ressource existante, la protection de l'environnement, la
santé de la population littorale et de l'autre les intérêts économiques
en augmentant les rendements pour quelques unités agricoles (le
consommateur-contribuable paie souvent sans le savoir plusieurs
fois les produits de l'agriculture intensive car en plus des prix
affichés sur l'étiquette, il doit ajouter dans ses impôts, les
taxes de dépollution et de nettoyage des plages polluées par les
algues vertes, les subventions, les rallonges fréquentes effectuées
aux agriculteurs victimes de la chute des cours de leurs produits
(cette chute ils ont souvent eux-mêmes provoquée par la surproduction
de leurs produits sur le marché. La recherche du rendement maximum
n'est pas toujours synonyme de bénéfice pour celui qui a la charge
de produire).
Aujourd'hui tout l'écosystème de la rade comme celui de l'ensemble
du littoral breton se détériore, les pétoncles blancs, les pétoncles
noirs diminuent à cause de l'envasement dû aux crépidules, les
moules et les huîtres, agents filtreurs et régulateurs du milieu,
en absorbant quantités de pesticides et de métaux lourds ont tendance
également à disparaître, la coquilles Saint Jacques, ne progresse
pas. Il est aujourd'hui nécessaire d'ensemencer les fonds avec
des milliers de naissains et de juvéniles produits en écloserie
pour assurer l'équilibre et faire qu'elle ne disparaisse pas complètement.
Sauvegarder et si possible restaurer l'écosystème de la rade et
de l'ensemble du littoral breton devient l'élément essentiel d'une
politique de défense et de protection de l'environnement. C'est
un des éléments de base de notre survie car la mort du milieu
marin serait également aussi celui de l'humanité. Les deux éléments
sont liés il faut sauver la mer pour sauver l'homme.
Les Bretons en se mobilisant pour nettoyer les plages et le littoral
ont su et savent faire face, avec des seaux et des pelles, aux
conséquences des pollutions accidentelles par hydrocarbures. Ils
doivent s'engager aujourd'hui dans un autre combat encore plus
difficile car les pollutions chroniques dégradent les écosystèmes
littoraux plus insidieusement mais plus gravement encore que les
accidents ponctuels comme ceux de l'Amoco Cadiz, de l'Erika ou
du Prestige.
C'est pourquoi nous disons que la mer ne peut plus, ne doit
plus être un milieu où tout est permis, une autoroute où il n'existe
pas de lois sauf pour certains : 60 000 à 100 000 conteneurs sont
perdus chaque année en mer, on évalue également à 6 millions de
tonnes les rejets volontaires d'hydrocarbure par déballastage
tous les ans dans les océans soit l'équivalent d'un naufrage tous
les deux ou trois jours. Sachant que les traces de pollutions
s'inscrivent un peu plus tous les jours le long de son littoral
les Bretons n'ont pu qu'être choqués de savoir que les délinquants
seront jugés par un autre système judiciaire que celui de Brest,
représentant l'Etat français victime de cette pollution du littoral.
Ainsi on a vu des recours effectués par les avocats défendant
ces bateaux surpris à polluer demandant à la justice des Etats
du pavillon du navire délinquant de juger ces pollutions et non
plus à l'Etat victime de cette dégradation de l'environnement.
Nous assistons presque tous les jours à des tirs groupés d'avocats
de ces compagnies maritimes pour contourner la législation française
considérée comme trop dure pour les pollueurs (Avec le système
français l'amende concernant un navire surpris à polluer peut
atteindre, au tribunal de Brest 500 000 euros, ce qui constitue
un élément particulièrement dissuasif pour les armateurs mais
qui a permis rapidement une très nette diminution des infractions).
Aujourd'hui ces armateurs, en plus de ne respecter aucunes conventions
internationales, en employant à leur guise des équipages peu formés
et sous payés, sans être inquiétés par la moindre juridiction
maritime, voilà maintenant qu'en cas de pollutions maritimes volontaires,
par leurs rejets en mer, qu'ils tentent d'échapper à la justice
française en se réfugiant encore vers ces pavillons de complaisance
pour conserver l'impunité totale. L'écosystème de la rade et du
littoral breton n'en est pas encore au stade de la Baltique, de
la mer Noire ou de certains endroits de la Méditerranée où la
mer est considérée comme morte, mais il faut être conscient, la
décroissance régulière des ressources, la prolifération des algues
vertes, l'accumulation des sels et de micro-polluants dans les
sédiments, les nombreuses traces noires de pollutions le long
du littoral sont des signes de la nécessité d'intervenir rapidement
sur les causes. A l'évidence les conséquences nocives des activités
de l'homme sur l'environnement marin gagnent en importance tous
les jours autant par l'ampleur des surfaces touchées que par la
nature de plus en plus sérieuses de ces atteintes. En fait cette
politique indispensable de remise en valeur de l'eau de la rade
comme de l'ensemble du littoral devrait s'accompagner de tout
un ensemble d'actions constituant pour Mor Glaz une politique
dynamique de la mer permettant la relance d'un certain nombre
d'activités pour l'ensemble de la Bretagne.
Le défi que nous devons lancer ensemble est aujourd'hui d'inventer
des méthodes arrêtant l'importance et l'extension de ces pollutions
côtières. Sommes-nous au bord du désastre ou à l'aube d'une relation
nouvelle et féconde entre la mer et l'humanité ? un tel choix
appartient à chacun de nous, à chacun de vous, chacun avec ses
moyens propres.
La relance de tout le secteur
de la pêche et de l'aquaculture
On estime généralement qu'un emploi créé sur mer
génère deux à trois emplois induits à terre et même plus si le
produit est ensuite traité et transformé. Demain, l'aquaculture
peut être étendue à de nombreuses espèces dans la rade, les abers,
les grands fonds et les îles du Ponant: Elevage de poissons, coquillages
et exploitation d'algues alimentaires (les 80 000 à 90 000 tonnes
d'algues récoltées le long des côtes bretonnes pour l'industrie
des engrais, de l'agro-alimentaire et des cosmétiques représentent
aujourd'hui 95 % de la production nationale). L'aquaculture est
devenue une science et une industrie, l'élevage industriel produit
aujourd'hui 20 millions de tonnes par an dans le monde. 90 % des
crevettes, 80 % des bars, 60 % des saumons sont produits par élevage,
malheureusement la France est absente dans la plupart des secteurs.
Les principales zones de production sont l'Asie, l'Amérique latine
et la Norvége.
De nombreux pays apprécient les travaux et les recherches
effectués en amont par les scientifiques français et les marins
dans les écloseries, naissains de coquilles Saint Jacques entre
autre, mais ensuite, à part l'élevage de l'huître (40 000 tonnes
produites en Bretagne) et de la moule (18 000 tonnes), l'ensemble
demeure toujours au stade artisanal avec quelques bons résultats
dans les fermes aquacoles pour le saumon et le poisson plat comme
le turbot Le secteur de la pêche bretonne est aujourd'hui en voie
de disparition par l'indifférence des pouvoirs publics, qui non
seulement laissent faire mais en plus incitent à la destruction
des flottilles côtières. Il reste à peine 7 000 marins pêcheurs
en Bretagne, dont plus de la moitié sont finistériens (ils étaient
15000 dans les années 50), même si le tonnage masque la réalité
en passant de 82 000 à 198 000 tonnes correspondant à la modernisation
des unités. Avec les décisions européennes de respecter les quotas
on ne peut construire des nouvelles unités de pêche qu'en envoyant
d'autres à la casse, c'est ainsi que l'on voit fréquemment des
navires côtiers retirés du circuit actif pour être détruit. Rien
n'est plus affligeant que de voir détruire ces petites unités,
à la pelleteuse mécanique, au nom de quotas décidés dans les bureaux
de Bruxelles.
Désormais la France, qui suit scrupuleusement les
décisions européennes sans rechigner, se situe loin derrière la
Grèce, l'Espagne, le Portugal, l'Italie, ce qui donne aux marins
pêcheurs français la fâcheuse impression que l'on privilégie à
Bruxelles, sans beaucoup de discernement, les pays du sud au détriment
de ceux qui essaient de respecter les normes imposées. Ainsi la
Grèce se vante avec ces 41 334 marins pêcheurs de posséder une
flottille de 20 243 navires (20,4 % de l'ensemble européen) tandis
que la France avec 8836 bateaux ne regroupe désormais que 8,9
% de la flotte européenne, mais c'est cette dernière qui doit
impérativement diminuer son chiffre.
Le nombre de navires en Bretagne se limite désormais
aux alentours de 1700 (dont 1130 de moins de douze mètres) et
ce n'est pas fini car le nouveau livre vert élaboré par la direction
générale de la Pêche et approuvée le 20 mars 2001 par la commission
européenne, estime qu'il y a toujours prés d'un bateau de pêche
sur deux en trop. La flotte de pêche se trouverait toujours en
surcapacité de 40 %. La commission préconise de réduire les unités
en donnant des primes aux armateurs pour l'immobilisation et le
déclassement de leurs navires. Au niveau social, le dispositif
Pesca, accompagnement social du livre vert, est d'abord destiné
à soutenir l'adaptation des marins vers d'autres activités alternatives
ou le départ à la retraite.
La grande oubliée dans le dispositif européen est
la petite pêche artisanale, qui, en Bretagne participe à l'aménagement,
à l'animation, à la dynamisation de notre territoire et à tout
le tissus économique du littoral. Désormais Lorient, longtemps
premier port de la pêche industrielle et semi-industrielle, armant
jusqu'à 270 unités se retrouve aujourd'hui loin derrière Boulogne,
son port se limite souvent à n'être qu'un des "terminaux" poissonniers
européen. Concarneau avec 27 thoniers-congélateurs et senneurs
et Audierne avec 3 unités sont des ports armant des navires qui
ne rallient leur port d'attache que très rarement une fois tous
les 3 ou 4 ans, voire plus, pour des visites d'entretiens!
La pêche, au thon albacore et Lestao, s'effectue
dans les eaux de la Guinée ou de l'Océan Indien et se pratique
à l'aide d'immenses chaluts ou de grandes sennes (filet géant
de plus de 2 Km de long, 200 m de large déployé en cercle autour
du banc de poissons). Congelé à bord le poisson est ensuite débarqué
et traité dans le port africain le plus proche des zones de pêche.
Environ un tiers des prises est acheminé vers la Bretagne par
cargos frigorifiques pour les conserveries. De même, le poisson
pêché au large de l'Irlande ou de l'Ecosse par les chalutiers
industriels est, la plupart du temps, débarqué dans les ports
écossais et transportés ensuite en Bretagne par camions. La pêche
artisanale la plus dynamique se concentre désormais autour du
Guilvinec, Lesconil, Loctudy, Saint Guénolé.
Même si la Bretagne produit toujours plus de la
moitié du tonnage national en assurant 44 % de la valeur de l'ensemble
du poisson avec des pointes encore plus importantes pour les crustacés
(homard, langouste, langoustine), pour l'ensemble des économistes
qui nous gouvernent, la part de la pêche se situe à peu prés au
niveau de la production de la tomate dans l'économie nationale
(l'ensemble de la pêche représente 5,4 % contre 6,3 % pour les
conserveries des fruits et légumes). Avec les nouvelles directives
communautaires cela ne peut guère beaucoup s'améliorer.
La pêche artisanale
Les petits navires sont exclus du régime des aides,
notamment par les réductions sur le carburant, la commission européenne
vient de décider également, pour les jeunes patrons pêcheurs,
voulant investir dans l'achat d'un navire d'occasion, de limiter
les aides que pour ceux de dix à moins de vingt ans (jusqu'à présent
ces aides permettaient l'acquisition des navires ayant jusqu'à
30 ans d'ancienneté, évidemment beaucoup moins cher à l'achat)
((*)Règlement n°2792/1999 du Conseil de l'Europe
fixant le cadre réglementaire des interventions et la circulaire
d'application de l'Etat français MAP/DPMA du 11 avril 2001).
Le gouvernement français entendant se désengager
de sa flotte de pêche a annoncé qu'il ne financerait plus de telles
mesures devant, pour lui, relever encore une fois du seul financement
des collectivités territoriales. C'est ainsi qu'il y a eu accord
pour une répartition entre les collectivités départementales bretonnes:
le département prenant désormais en charge les unités de moins
de douze mètres et la région ceux de douze à vingt-quatre mètres.
Une telle décision impose pour les collectivités maritimes bretonnes
une charge financière particulièrement lourde pour la relance
de la pêche, puisqu'il est prévu une aide équivalente à 10% de
l'achat du navire (plafonnée toutefois à 50 000 Euros) permettant
au jeune patron pêcheur de moins de trente-cinq ans l'acquisition
de son premier outil de travail (la communauté européenne, dans
ce cas, peut doubler la mise accordée par la collectivité territoriale)
mais le nombre sera obligatoirement réduit car le budget régional
et départemental n'est pas extensible. Si pendant plusieurs générations
les flottilles ont contribué à la notoriété et à la dynamisation
des ports en particulier du Sud-Bretagne, les nouvelles mesures
communautaires devraient aboutir rapidement à la réduction des
flottilles côtières artisanales, au vieillissement de celles qui
restent et au déclin des communes portuaires.
- "à Lesconil," déclarait le 30 Juin 2001 le maire
de la commune, lors du passage du commissaire européen Frantz
Fischler chargé de faire appliquer ces décisions européennes "avec
37 chalutiers en 1990 et seulement 16 aujourd'hui, un âge moyen
de la flotte passé de 16 à 24 ans il y a de quoi s'inquiéter sur
notre avenir. Désormais il n'y a plus de patron de moins de 30
ans dans notre quartier maritime. On a oublié les hommes et le
social dans un tel dossier"
Une autre source de préoccupation, directement
liée à ce qui précède, est en train de poindre dans le monde de
la pêche et de ceux qui ensuite traitent le poisson. Les décisions
européennes de mieux gérer la ressource en imposant des quotas
pour limiter les prises et en imposant des moyens de pêche plus
sélectifs provoquent un blocage du marché. Les grandes marques
de la distribution, devenues propriétaires de la plupart des unités
supérieures à vingt-cinq mètres, entendent n'écouler qu'une toute
petite partie de leurs pêches aux mareyeurs, transformateurs et
artisans poissonniers en imposant chaque fois leurs prix.
Avec ces sociétés existent désormais plusieurs circuits
de distribution qui peuvent bloquer ou casser sans la moindre
difficulté tout le marché du poisson. Ainsi la société "Intermarché"
a maîtrisé longtemps tout l'ensemble de la chaîne: de la capture
avec ses cinq armements disposant de trente neufs navires, son
bureau d'achat négociant le poisson frais directement sur les
criées nationales et internationales (une équipe de télévendeurs
proposait et assurait la livraison immédiate vers les points de
vente " Intermarché " tous les produits négociés dans 25 pays
mais aussi dans ses usines de transformation (quatre de ses sociétés
produisaient encore il y a quelques mois les produits surgelés,
le saumon fumé ou ceux élaborés façon traiteur (Surimi, terrines,
rillettes de poisson ou chaussons de poisson fourré, mais aussi
toutes les conserves telles "Capitaine Cook", produisant chaque
année une vingtaine de millions de boites). Les points de vente
sont les mille magasins de leur chaîne disposant d'un rayon marée.
Nous sommes loin des ambiances chaudes et passionnées des criées
où le poisson se négocie et se vend au gré à gré et ensuite dépend
pour l'acheteur du savoir-faire de l'artisan poissonnier sur son
étal.
Aujourd'hui les fonctionnaires et les politiques
européens imposent la destruction des navires (par endroit jusqu'à
40 %) et la mise à la retraite obligatoire des pêcheurs et quelques
années plus tard, ces mêmes fonctionnaires et politiques s'apercevront
encore que globalement la pêche se trouve toujours en sur-capacité.
A nouveau ils prendront des mesures pour détruire les navires
et supprimer des nouveaux emplois sans jamais se poser la question
du comment pêcher mieux plutôt que toujours pêcher plus avec le
minimum de navires.
Aujourd'hui au début de ce nouveau millénaire nombreux
sont les professionnels de la pêche artisanale qui tiennent à
exercer leur métier sur la base de convictions fortes. Ils tiennent
à affirmer, face à l'orientation qui se dessine une volonté ferme
d'inscrire leur profession dans un équilibre de l'écosystème de
manière durable et donc en refusant le productivisme à outrance
qui détruit la ressource. Pour eux une bonne gestion de la ressource
dépend d'abord des hommes, des marins pêcheurs, et de leur capacité
à s'organiser pour en tirer le meilleur profit dans l'intérêt
de tous. Les stratégies mises en place dans les bureaux par les
administrations atteignent rarement leurs objectifs mais trop
souvent ruinent la profession. C'est souvent au nom de décisions
prises à la petite semaine que des millions de tonnes de poisson
doivent être rejetés chaque année par-dessus bord ou finissent
en farine animale pour nourrir les poissons d'élevage
C'est pourquoi dans le contexte de la raréfaction
de la ressource, ces pêcheurs reconnaissent qu'ils doivent développer
des pratiques plus responsables, par exemple, en rejetant à la
mer après un rapide tri les poissons et crustacés vivants ne répondant
pas aux normes imposées (et même mieux ils souhaitent que ce tri
s'effectue directement sur le fond plutôt que sur le pont grâce
à des filets adaptés (on évalue aujourd'hui les rejets après un
trait de chalut à 25 % de la capture totale),
- Ils reconnaissent également qu'ils doivent utiliser
des nouvelles techniques innovantes permettant de mieux sélectionner
les prises, mais en évitant toutefois de rentrer dans la spirale
investissement/endettement les condamnant à devoir produire toujours
plus pour rembourser le matériel (le progrès ne vaut que s'il
est bien maîtrisé ainsi plusieurs marins pêcheurs tiennent à refuser
certaines innovations jugées par eux dangereuses pour la ressource
comme les suceuses à palourde des glénan ou les nouvelles dragues
à coquille Saint Jacques détruisant, par ailleurs, les fonds marins).
- Ces pêcheurs tiennent à encourager les codes
de bonnes pratiques à la mer en imposant entre eux un cadre de
travail consensuel et une préoccupation permanente pour placer
sur le marché des produits de qualité correspondant aux attentes
des consommateurs
Un effort important doit être entrepris pour améliorer
les flottilles et surtout soutenir, valoriser et reconnaître ces
métiers de la pêche (reconnaissance de la pénibilité et des contraintes
maritimes du métier). Les militants pour une Europe citoyenne
se mobilisent plus facilement pour la protection des dauphins
et des cachalots que pour la défense des matelots et de leurs
navires. N'est-ce pas à nous de leur donner la conscience qu'un
port sans bateaux et sans marins n'est plus un port, non seulement
ceux-ci participent à l'attractivité de notre littoral mais également
ils contribuent en mer à la sécurité et à la dynamisation de toute
la bande côtière.
Avec Mor Glaz nous devons ensemble imposer une
politique plus volontariste pour soutenir ces activités et pour
ensemble briser la spirale du déclin. Cela devrait être un des
grands objectifs de la régionalisation bretonne.
Une marine scientifique plus
développée
De même il est indispensable d'unir et donc de
mettre en commun, au niveau de l'Europe, tous les moyens existants
dans les divers organismes de recherche et en Bretagne en existent
de nombreux. Un pays comme la France ou l'Espagne ne peut s'offrir
que difficilement un sous marin d'exploration ou un navire de
recherche mais l'ensemble de l'Europe peut s'équiper de laboratoires,
de satellites d'observation de la mer et de prévision météo permettant
par exemple d'étudier les conséquences de la fonte des glaces
sur notre environnement ou d'obtenir des possibilités de positionnement
à partir d'un satellite GPS européen (*). L'Institut universitaire
européen de la mer de Brest (166 permanents et 300 étudiants en
mastère et doctorat des sciences de la mer) vient de recevoir
le label "Observatoire des sciences de l'univers" et donc désormais
est reconnu au niveau européen concernant sa vocation maritime
en recouvrant les missions de mesures de température, salinité,
oxygène, recherche de planctons dans l'eau de la rade et de la
mer d'Iroise, l'analyse des variations de la faune présente dans
les bancs de maërl…etc. Pour être efficace tout ceci impose au
niveau de l'Europe un regroupement des moyens et des laboratoires.
Ensemble on se rendra compte que si l'océan abrite aujourd'hui
plus de 80 % de la bio diversité de la planète seulement 15 à
20 pour cent des espéces sont aujourd'hui répertoriés et étudiés
(*) il est possible aujourd'hui
d'examiner à moindres coûts par exemple la très grande superficie
de l'arctique du Canada, par RADARSAT-1, ce satellite fournit
chaque année 3 800 images au Service canadien des glaces. Ce satellite
possède un ensemble unique d'instruments capables d'observer notre
planète jour et nuit, indépendamment des conditions météorologiques.
À ce jour, il est le premier à avoir cartographié l'ensemble du
continent Antarctique.
Une plaisance accessible à
tous
La voile a longtemps été considérée par la population
bretonne des quartiers populaires ou des petites communes comme
une activité élitiste réservée aux personnes aisées et donc pour
eux totalement inaccessibles. Rendre la voile et la plaisance
populaire et accessible à tous devrait être un des enjeux breton
pour ce XXI me siècle. Tous les marins le savent, une sortie en
mer permet le développement de nombreuses qualités sur le plan
moteur et sensitif contribuant à l'équilibre de l'individu, tout
en améliorant sa culture personnelle. Une sortie en mer favorise
la socialisation de tous et améliore les capacités à respecter
la nature par une action coordonnée avec le milieu et le bateau.
Une sortie en mer constitue des liens sociaux importants entre
les générations, un brassage social qui favorise l'insertion et
l'intégration dans la vie de la cité.
Aujourd'hui l'image du nautisme est valorisante
car elle possède une dimension culturelle importante tous connaissent
les exploits entrepris par Eric Tabarly, Florence Artaud, ou Kersauson.
Tous ont suivi avec émotion les exploits du Vendée Globe avec
les formules un des mers, suivant tous les jours dans les médias
les récits et les reportages de Desjoyeaux, d'Helen Mac Arthur,
Thiercelin, Parlier ou de Jourdain dans leurs courses autour du
monde. Tous, à part la jeune anglaise, sont des bretons.
L'industrie de la Plaisance se classe aujourd'hui
dans les premiers rangs européens et se trouve au second rang
mondial immédiatement dérriere les américains avec des constructeurs
comme Jeanneau-Beneteau. De même, des sites comme Port La Foret,
le Port de plaisance de Brest, La Trinité sont réputés dans le
monde entier par les actions de leurs skippers connus de tous.
Il faut donner au nautisme toute sa place dans la culture bretonne
par une action continue et permanente en ne se cantonnant pas
à des démonstrations spectaculaires ou à ces événements "phares"
périodiques. Ils sont nécessaires mais pas suffisants.
Nous devons être capables d'offrir autre chose que
de la compétition en développant des nouveaux produits s'adaptant
aux besoins des jeunes et des moins jeunes, en améliorant la qualité
des prestations: stages dans les centres nautiques, les classes
de mer, les jardins des mers, les points passion plage, la mise
en réseau des centres nautiques pour proposer des produits en
coordonnant et en développant toutes les synergies, en favorisant
le tourisme nautique autour de la Bretagne, en proposant des croisières
et des randonnées nautiques autour d'un réseau d'escales et en
assurant la promotion et la commercialisation de ces produits
car le nautisme populaire doit s'intégrer dans la politique globale
de développement du tourisme. En étant conscient toutefois que
le tourisme et son développement intensif a provoqué longtemps
la surexploitation de la mer, l'enlaidissement des sites et la
destruction d'une grande partie de sa faune. Il est nécessaire
aujourd'hui d'accompagner ce tourisme populaire d'une culture
basée sur l'éducation faisant connaître à tous le milieu maritime,
sa fragilité, afin de modifier à terme le comportement de chacun.
Il faut savoir que le commerce et l'industrie nautique
autour de la plaisance représentent aujourd'hui, par exemple dans
le Finistère, 433 entreprises, 2400 emplois dont 1500 liés directement
au nautisme. Il existe en Bretagne un pôle technique de qualité
et reconnu dans le monde entier, avec les architectes marins,
les chantiers où sont fabriqués les grands voiliers de courses
du Vendée Globe ou l'hydroptére d'Eric Tabarly, mais également
toute la voilerie (ainsi, par exemple, la voilerie brestoise Cudennec,
a équipé la plupart des navires du "Vendée Globe" comme ceux de
"The Race" en utilisant pour la confection des voiles des matériaux
novateurs comme le kevlar, le cuben fiber), les vêtements de mer
(les cirés Guy Cotten sont devenus leaders mondiaux...), les équipementiers,
les accastilleurs, l'électronique et l'informatique embarquée.
Il est nécessaire de structurer l'ensemble pour améliorer encore
plus ce secteur économique en constituant une mise en réseau,
en participant à un fond d'aide à l'innovation pour créer des
nouveaux services et des nouveaux produits, en favorisant une
action pour la promotion de ces entreprises.
Pour une plaisance populaire et accessible à tous,
les besoins peuvent s'estimer, pour le cas du Finistère, à une
augmentation de 3000 places dans les ports ou les mouillages dans
les anses vers l'horizon 2006. Une plaisance populaire c'est aussi
obligatoirement un nouvel aménagement portuaire et l'extension
des centres nautiques et des herbergements qui imposera une meilleure
structuration de toute la filière et la coordination des actions
nautiques. Partout il faut développer l'emploi et les ressources
humaines par une politique nouvelle de formation aussi bien au
niveau des entreprises que du milieu associatif.
Le secteur associatif recherche, recherchera de
plus en plus, de personnels à la fois polyvalents (techniques
nautiques, initiation à la voile, gestion, accueil touristique...)
et de plus en plus de professionnels de la mer (diplômés dans
la navigation et dans l'animation des groupes). Toutes les entreprises
de nautisme recherchent également actuellement en Bretagne de
bons plasticiens capables de reconfigurer une coque abîmée comme
de bons mécanos, des spécialistes Bois-équipementiers pour l'aménagement
des bateaux. Actuellement quel que soit le domaine maritime, le
système éducatif français ne parvient pas à fournir aux employeurs
le personnel qualifié dont ils ont besoin. Le problème crucial
est donc aujourd'hui d'obtenir et de former du personnel jeune
formé et qualifié pour répondre à ces besoins.
La mer est partagée entre une quinzaine de ministères
et les formations sont assurées selon le cas par le ministère
de l'Education Nationale, le ministère de l'Equipement, de l'Agriculture
pour la pêche ou de la Défense.. Même la Défense Nationale doit
avoir désormais recours aux carrières courtes pour assurer le
recrutement de son personnel. La plupart des métiers touchant
au transport maritime demandent une expérience de la mer, qu'il
s'agisse de la marine marchande, du remorquage, de lamanage, de
pilotage, de dragage, de travaux maritimes. Tous doivent passer
par des lycées professionnels maritimes ou, au niveau officiers,
par les écoles de la marine marchande. Les structures du nautisme
à mettre en place pour une plaisance populaire peuvent constituer
un moyen intéressant et nouveau de formation et de ressocialisation
des individus. La mer est dominante, elle impose des règles strictes
pour travailler avec elle. L'intégration à de telles activités
professionnelles nautiques doit être d'abord un acte volontaire,
une sorte de contrat fait par l'individu avec cet environnement
maritime.
Ici on reconnaîtra le cursus de la formation, la
promotion interne, plus que les diplômes acquis dans les écoles.
La plupart des entreprises de nautisme recherche non plus la tête
bien pleine mais d'abord la tête bien faite capable d'évoluer
et de s'adapter en fonction des techniques, des besoins et capable
de saisir toutes les opportunités pour les intégrer dans les projets
de l'entreprise. Ce qui impose pour répondre aux besoins la création
d'instituts originaux de formation assurant la création de nombreux
nouveaux métiers de la mer en plus de ceux plus traditionnels
existants dans l'Education Nationale ou les écoles supérieures.
Ce qui montre que les possibilités du nautisme de plaisance populaire
sont étendues si on entend s'engager dans une telle direction.
Une nouvelle politique culturelle
maritime
Paradoxalement à ce que l'on pourrait croire, la
majorité de la population bretonne et à fortiori celle française
ignore que pendant plusieurs siècles, la Bretagne a su, depuis
l'antiquité jusqu'au XVII eme siècle grâce à l'intelligence de
ses marins s'enrichir et profiter à la fois de sa situation exceptionnelle
sur les routes du commerce international et de son éloignement
par rapport aux guerres de France ou d'Europe. La pointe finistérienne,
s'avançant profondément dans l'Atlantique et dans la Manche, permettra
à ces marins de prendre progressivement conscience des avantages
qu'ils peuvent tirer de cette situation particulière pour transporter
les marchandises de l'Europe méridionale: le sel, le vin, les
fruits, les épices ainsi que celles de l'Europe du Nord: le bois,
le pois, le goudron, le blé, le poisson, les métaux, les marins
bretons deviendront ainsi, peu à peu, les premiers "rouliers"
des mers des pays européens, les intermédiaires indispensables
entre les pays du nord et ceux du sud..
De même si les orientations suivies par les grands
armateurs espagnols, anglais et hollandais dans le transport maritime
sont à partir du moyen-âge les navires de 300 à 1000 tonneaux,
qui n'ont, la plupart du temps qu'un mât unique et une seule grande
voile carrée (ce qui les rendent difficilement maniables), le
petit caboteur breton est équipé de deux mats, de voiles au tiers
lui permettant d'adapter sa voilure en fonction du temps, des
vents et de louvoyer ainsi facilement entre les roches. Il est
maniable avec un petit équipage de 2 à 3 hommes.
Autre avantage: sa taille, ne dépassant que rarement
les cents tonneaux, lui seul peut se faufiler au fond des criques
ou remonter au plus profond des estuaires, pour pénétrer souvent
jusqu'à 15 à 20 Km de la mer pour écouler les marchandises. Plusieurs
ports de fond d'estuaire prendront un essor important par ces
moyens Morlaix, Landerneau, Quimper, Quimperlé, Le Faou, Pont
Aven, Port Launay, Saint Brieuc Tréguier, Redon... Mais également
les petits ports étrangers, aussi bien britanniques que ceux du
nord de l'Europe.
Le breton, tout comme le celte en général, aussi
loin que l'on puisse remonter dans l'histoire se caractérise toujours
par un comportement lui assurant une démarche universelle, une
mobilité, lui permettant d'être découvreur de nouvelles routes
maritimes, de nouveaux paysages, de terres nouvelles, d'être pionnier,
explorateur, navigateur, missionnaire. C'est un peuple ouvert
vers l'extérieur, à la recherche des autres, plus porté à communiquer,
à commercer, qu'à conquérir avec les armes. C'est avec l'intelligence
et la hardiesse de tels marins et de tels constructeurs que la
Bretagne saura adapter et soumettre ses flottilles à d'incessantes
transformations, devenant leader incontesté pendant des siècles
dans la pêche, le cabotage puis aujourd'hui la plaisance.
Cette histoire maritime est pourtant peu connue.
Les manifestations de valorisation de ce patrimoine à partir de
1980 à Pors Beach puis, celles plus importantes de Brest 1992,
1996, 2000, 2004 ont permis une prise de conscience de l'intérêt
de conserver et de mettre en valeur ce patrimoine maritime qui
fait totalement partie de notre culture et qui démontre la richesse
de ce passé maritime. Si au cours des manifestations, derrière
chaque bateau, du plus petit au plus grand, les visiteurs ont
senti d'abord la passion, l'acharnement à faire revivre une culture,
à faire revivre des gestes, à faire revivre un passé, une partie
de notre grande histoire dans lequel leur fier navire s'insère,
savent-ils que cette Penfeld où se situait la fête, a constitué
pendant des centaines d'années l'artère principale, le cœur même
de la ville de Brest?
Savent-ils que tout au long des berges une activité
importante avait lieu en permanence rassemblant souvent autant
de voiles que lors de ces festivités. Brest comme toute la région
bretonne tourne aujourd'hui trop le dos à la mer. Aujourd'hui,
la Penfeld, le port de commerce et le port militaire sont entourés
par des grands murs les isolant des brestois. Brest sans la mer
devient une ville terne comme les autres. La Penfeld, en particulier
son embouchure située au cœur de la ville symbolise depuis toujours
la dépendance de Brest vis-à-vis de la Marine Royale puis Nationale.
La Marine déplaçant ses activités vers Laninon, désormais cette
Penfeld ne joue plus le rôle fondamental qui était le sien depuis
la création de l'arsenal au temps de Colbert.
Son ouverture aux activités civiles, de préférence
liée à la mer, devrait redonner à ce lieu une dimension urbaine
conciliant Marine Nationale, relance des activités maritimes,
développement de l'emploi et valorisation du patrimoine maritime,
découverte culturelle.... mais aussi formation et éducation du
public en montrant l'intérêt, l'omniprésence de la mer et des
océans dans notre économie, dans les moyens de transports et dans
notre vie de tous les jours.
C'est cette coexistence, ce partage de l'espace
entre les marines qui fait l'intérêt d'un tel site. La vocation
maritime de Brest doit être préservée et réaffirmée mais elle
ne le sera que si la Marine Nationale accepte de partager équitablement
son territoire. L'ouverture de la Penfeld au public lors des fêtes
de Brest 96, 2000, 2004 a toujours été vécue pour les brestois
comme pour l'ensemble des bretons comme une aventure une possibilité
de pénétrer enfin dans leur histoire maritime. Cette rade, cette
Penfeld, c'est d'abord un haut lieu de notre histoire maritime
commune, comme Lorient avec la compagnie des Inde et Saint Nazaire
avec la construction navale civile.
Aujourd'hui nous avons une occasion historique
unique pour les brestois de se réconcilier enfin et définitivement
avec leur passé en refaisant leur ville à nouveau autour de cette
Penfeld en remettant Recouvrance, tombé en désuétudes, de nouveau
en valeur, avec toutes les rues autour de la rue Saint Malo (la
rue la plus ancienne de Brest), la Madeleine, le plateau des Capucins
(considéré pendant de nombreuses années à la fin du XIX me siècle
comme la plus grande entreprise industrielle d'Europe et demain
peut être le nouveau quartier de Brest).Le moment n'est-il
pas venu d'ouvrir à nouveau ces murs à la population en remettant
en valeur ce patrimoine maritime commun, en donnant aux gens la
possibilité de réinventer ensemble leur ville autour de cette
Penfeld qui, à nouveau serait le cœur même de la ville de Brest.
Les rives de la Penfeld pourraient être aménagées
pour recevoir le public avec un minimum de crêperies, buvettes,
artisanat d'art, mais surtout chantiers marines et d'accastillage
où le public pourrait voir l'évolution de la construction ou de
la remise en état des navires. Pourquoi pas un musée de la Marine
traditionnelle ? Pourquoi ne pas montrer dans un de ces bâtiments
l'action de ces remorqueurs de sauvetage depuis le commandant
Malbert jusqu'aux Abeilles aujourd'hui, comme de même l'action
des secours en mer? Est-ce utopique de penser cela ?
De nombreuses associations participeraient volontiers
avec leurs vieux gréements à l'animation d'un port traditionnel,
non pas d'une manière figée avec des bateaux bloqués à quai mais
en les faisant évoluer en mer (régates de vieux gréements, promenades
scolaires, classes de mer, visites et connaissance de l'histoire
de la rade, sortie découverte, vente des produits de la mer par
les navires de pêche côtiers). Avec un minimum d'aménagement les
quais Jean Bart-Tourville-Le Château et son souterrain-le port
de commerce-le musée de la marine peuvent constituer un ensemble
original et attrayant qui, avec Océanopolis, peut faire de Brest
un des principal pôle touristique et culturel de Bretagne voir
de France.
Le maritime une nouvelle chance
à saisir pour la Bretagne
Le système politique jacobin français a fait en
sorte que la région bretonne ne puisse être directement maîtresse
des décisions concernant son territoire comme de son devenir.
Une véritable décentralisation, avec un Conseil Régional possédant
des pouvoirs réels ne doit plus être une utopie. C'est pourquoi,
nous ne pouvons qu'être favorable aux transferts des compétences
de l'Etat vers les régions en particulier la nôtre. Mais ceux-ci
ne doivent pas se limiter à quelques déplacements des compétences,
de façon plus ou moins tronquées, vers les régions.La décentralisation
que l'on nous propose ne doit pas consister à créer une nouvelle
féodalité de petits chefs régionaux.
La décentralisation, définie aujourd'hui par l'Etat,
peut être, doit être, une occasion de rassembler toute la Bretagne
autour de projets mobilisateurs. Nous savons tous que si la Bretagne
a misé pendant des décennies en agriculture en termes de quantité,
produisant le lait, la viande, la moitié de la volaille et des
porcs de France, malheureusement nous connaissons aussi les conséquences:
fort endettement des exploitants, effondrement des cours, obligation
d'arrêter pour les uns, investissements toujours de plus en plus
lourd pour les autres, suspicions sur les produits proposés à
la vente, pollutions étendues partout (vaches folles et abattage
des troupeaux, lisiers tellement abondant que l'on ne sait plus
le traiter, nappes phréatiques désormais inexploitables, marées
vertes...)
Nous savons tous qu'aujourd'hui Douarnenez et la
pêche vont mal, que Brest et Lorient sont frappés par la restructuration
des arsenaux, que la Manu de Morlaix demeure toujours le symbole
du déménagement du territoire, que les ports de pêche sont bloqués
dans leurs évolutions par les orientations européennes. Il ne
suffit pas de geindre et dire que l'on ne peut rien faire, il
faut se battre pendant qu'il est encore temps en élaborant nos
propres projets d'avenir.
Demain, la richesse de la Bretagne doit être à
nouveau son intelligence: retour à des unités agricoles plus petites,
mieux ciblées, une meilleure utilisation du sol et du sous-sol,
transformation par la création de tout un secteur de Bio-industrie
avec la recherche agronomique et aquacole qui devrait aboutir
à la production et la vente de nouveaux produits pouvant s'écouler
facilement sur toute l'Europe, voire le monde entier, en produits
finis par conteneurs frigorifiques transportés par les navires
caboteurs. Des îles pouvant produire des algues, des poissons,
des coquillages dans ses fermes aquacoles.
En ce début du XXI me siècle la Bretagne est, peut
être, éloignée des grands courants commerciaux terrestres mais,
grâce à sa situation maritime privilégiée, elle peut offrir des
possibilités immenses pour les échanges à travers le monde avec
un nouveau type de bâtiment adapté, rapide, pouvant être chargé
et déchargé rapidement, la filière agriculture/ industrie/ mer
constituant l'axe essentiel de développement.
Georges Minois, dans "La nouvelle histoire de la
Bretagne" note avec justesse: "Les plus beaux moments de la
Bretagne auront été ceux où elle a su exploiter sa situation géographique,
à la pointe de l'Europe, entre la France et l'Angleterre. Son
intégration dans l'ensemble français au XIX me et XX me siècles
l'a reléguée dans un rôle secondaire, parce qu'elle n'avait plus
sa place si profitable d'intermédiaire, mais dépendait d'un pôle
unique: Paris. L'Europe est pour elle une chance de renouveau.
Sa position géographique est à nouveau mise en valeur, au centre
de l'arc atlantique: îles Britanniques-Bretagne-péninsule Ibérique.
La Bretagne entre dans une phase nouvelle de son histoire: après
un relatif isolement, elle doit devenir un lieu de croisement".
L'Europe est une chance pour la Bretagne et pour
toutes les régions périphériques encore faut-il créer un type
de développement original et surtout différent de celui qui résulte
du jeu prédateur du néolibéralisme actuel.
Pour cela avec Mor Glaz nous devons ensemble
exiger :
- de conserver intact notre patrimoine commun
que constitue la mer par une lutte constante de protection et
de mise en valeur
- d'assurer la relance de la marine de commerce,
de cabotage, de la pêche hauturière et côtière, la construction
navale, l'aquaculture
- de proposer une nouvelle dynamique d'évolution
des ports, particulièrement nombreux en Bretagne, car ce sont
des portes ouvertes sur le monde permettant de saisir toutes les
opportunités. Une nouvelle dynamique de valorisation du territoire,
prenant en compte une nouvelle économie enfin, au service de l'Homme,
- de pouvoir intervenir sur les marchés commerciaux
européens en faisant jouer les notions de qualités des produits
soutenant ainsi activement l'arrière pays agricole au lieu de
le laisser mourir comme aujourd'hui, assurant ainsi l'insertion
puissante de la Bretagne dans l'économie planétaire nouvelle qui
se dessine.
Ce que nous préconisons ne sera pas une économie
industrielle intensive ou productiviste puisque la matière première
sera avant tout l'Homme et son intelligence. La Bretagne possède
un important potentiel de matière grise, une importante force
de création, des moyens techniques, des infrastructures, que l'on
peut mobiliser pour ce type de vocation.
L'évolution économique armoricaine a toujours été
déterminée par l'océan, c'est une des constantes de notre histoire.
L'oublier, c'est aboutir à la situation actuelle, c'est à dire
au déclin de son économie, à la perte de son originalité et de
son âme. De tels projets n'ont aucune chance de voir le jour sans
une bonne information des bretons comme des chercheurs et sans
une bonne mobilisation de toutes ces forces.
Brest regroupe par exemple aujourd'hui le nombre
le plus élevé de chercheurs d'Europe dans le domaine maritime,
avec IFREMER, le CEDRE, l'Institut Polaire, le SHOM et l'IUEM
(Institut universitaire européen de la mer), le pôle brestois
de la Sécurité Maritime et Portuaire (qui associe l'expertise
scientifique et les moyens opérationnels), une réparation navale
civile réputée, la DCN un organisme public de construction navale,
soit plus de 2000 ouvriers et techniciens, 3000 chercheurs ou
ingénieurs dont les travaux sont principalement orientés vers
la mer, le droit maritime ou international, les mesures et l'instrumentation
marine, les bureaux d'études, une réparation navale de qualité
et même, éventuellement, des chantiers de démolition de navires
considérés comme poubelles, ce qui permet de présenter, avec quelques
raisons, Brest comme l'un des centres majeurs européen des sciences
et techniques de la mer. Nous possédons un potentiel pratiquement
identique et aussi fort à Lorient et Nantes
Nous pouvons faire que tous associations, syndicats,
professionnels, se mobilisent avec les élus politiques pour une
même logique: la relance des activités maritimes, la conception
et le lancement d'une nouvelle flotte de navires, la définition
et la mise en place d'une autre politique de surveillance, de
sécurité maritime et de protection des côtes, une plaisance accessible
à tous, l'amélioration de la qualité des eaux de l'ensemble du
littoral breton.
N'est-il pas temps qu'ensemble nous nous mobilisions
et travaillions à ces projets en réaffirmant, haut et fort, face
aux tenants de "la pensée unique" et de leur logique de mondialisation
économique et d'uniformisation culturelle, les valeurs représentant
notre spéficité bretonne. Face donc à cette mondialisation qui,
insidueusement, entend s'imposer partout il est plus que temps
d'affirmer notre volonté de rester debout en défendant nos valeurs.
Nos moyens de sauvegarde, notre chance pour demain
est et sera notre volonté de conserver notre identité culturelle
et économique. Contrairement à ce que pensent chaque année des
milliers de touristes l'identité culturelle bretonne ne se limite
pas aux fest noz et à s'extasier sur le son d'un biniou coz, elle
est liée également à une autre conception de vie, à une autre
volonté de travailler au pays avec une logique de développement
permettant à l'Homme de s'épanouir dans un milieu protégé. Sans
cette identité le breton, écrasé sous une masse culturelle informe,
une sous culture mondialiste, ne saura plus ni qui il est, ni
où il se trouve, ni où il doit s'orienter. Nous n'avons donc pas
à nous satisfaire d'être de simples exécutants des décisions prises
à Paris ou à Bruxelles avec le choix théorique pour la Bretagne
"d'être au centre des échanges internationaux ou de n'être
qu'une région marginalisée" (Mr Champeau, "A Jamais
la Bretagne", 1998). N'est-ce pas à nous d'imposer, par notre
action, ces choix?
L'ouverture sur le monde est une nécessité pour
affirmer notre personnalité, notre vocation, nos objectifs, en
prenant les moyens à mettre en œuvre pour les atteindre. La région
Bretonne ne sera véritablement reconnue dans le monde que si elle
joue sa propre carte en prenant toutes les initiatives pour son
développement.
Ce travail en profondeur doit être entrepris
rapidement, pour relancer le commerce maritime dans l'Europe car,
aujourd'hui, pour contribuer a assainir ce commerce, il faut d'abord
exister, être enfin acteur. On ne peut exister qu'avec une flotte
et des moyens portuaires conséquents. Toutes les collectivités,
autant locales qu'européennes, doivent se mobiliser pour participer
au financement de ces projets de relance des activités maritimes.
Il s'agira avec de telles propositions d'entreprendre des mesures
politiques, sociales, industrielles originales permettant de créer
un nouvel avenir pour Brest, Lorient, Saint Nazaire, Concarneau,
Douarnenez mais également pour toutes les villes et les ports
de la façade atlantique, de la Manche et même plus loin pour toutes
les régions périphériques littorales européennes, cela mérite
considération.
Brest aspire aujourd'hui avec d'autres à devenir,
la Ville européenne de la mer, le grand pôle touristique, la métropole
maritime à la porte de l'Europe comme Nantes et Lorient. la Bretagne
quant à elle, entend réaffirmer face à la France et à l'Europe
ses particularismes en se donnant tous les moyens pour envisager
sereinement l'avenir. N'est-ce pas ensemble en s'engageant avec
Mor Glaz et avec convictions dans de telles propositions et d'actions
que nous pourrons être à nouveau les leaders européens incontestés
dans le domaine maritime.
Dossier préparé pour l'association
Mor Glaz par François Pellennec, ancien
technicien des arsenaux aujourd'hui à la retraîte. Ecrivain dont
son livre "Au temps de la Voile dans la rade de Brest" a été couronné
par l'Académie de Marine en 1999, il vient d'achever son second
livre "Une autre ambition maritime pour la Bretagne". Travaille
aujourd'hui en tant que bénévole dans le milieu associatif pour
la valorisation du patrimoine maritime et l'insertion sociale
des jeunes en difficultés et pour Mor Glaz qui regroupe à Brest
de nombreux militants et acteurs locaux qui luttent ensemble pour
obtenir au niveau de la France et de l'Europe un service de sécurité
maritime enfin digne de ce nom.
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