Association de citoyens qui défendent l'environnement maritime

 
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D'aucuns ont pu, peut être, s'étonner que des écologistes, réclament un port de déconstruction ici à Brest et ceci dès 2001.

C'est vrai que la déconstruction de navires en fin de vie, n'est pas une activité banale Ces navires sont pleins de matériaux toxiques : métaux lourds, résidus d'hydrocarbures, amiante (on parle de plusieurs centaines de tonnes d'amiante sur des navires militaires comme l'ex Clémenceau ou civil comme l'ex Norway…).

Nous sommes conscients de tout cela mais notre choix est guidé par deux considérations :

- l'impératif de responsabilité écologique

- le souci d'améliorer la sécurité maritime

Il y a, en effet, un impératif qui prime sur toutes les autres considérations : le principe de responsabilité écologique.

On en peut pas se désintéresser du sort de centaines voire milliers de navires qui arrivent aujourd'hui en fin de vie ( 700 navires par an, bientôt 1000 dans le monde, 50 navires militaires français au minimum, à traiter d'ici 2010)

Ce principe de responsabilité écologique qui, a la même force que celui du " pollueur-payeur " , exprime le fait que nous sommes tous , collectivement ou individuellement, responsables du traitement, de l'élimination de tous les objets, quels qu'ils soient.

Ce principe impose que lorsque nous produisons n'importe quel objet , nous devons penser, prévoir, anticiper sa fin, son traitement, mieux encore son recyclage.

La politique de l'autruche , celle qui consiste à ne pas s'intéresser au devenir de nos déchets, qui a été longtemps, trop longtemps, pratiquée ces 50 dernières années de croissance à tout prix et de sur consommation, doit cesser.

Combien de zones humides, de fonds de vallée, ont été transformées en vastes dépotoirs ? C'est le cas à Brest avec le site du Spernot comblé jusqu'à plusieurs dizaines de mètres de haut de millions de tonnes de déchets de toutes sortes, dans une certaine indifférence de la population et de ses représentants de l'époque.

Aujourd'hui, heureusement les choses changent, la question des déchets est prise en compte.

Et même si des cas de décharges sauvages tout aussi scandaleux sont signalés ici ou là, la situation s'améliore mais il reste néanmoins encore beaucoup à faire.

Parlons des objets qui nous servent au transport des biens et des personnes :

- le traitement et le recyclage, c'est déjà en grande partie déjà le cas de l'industrie automobile, cela le sera bientôt dans l'industrie aéronautique (il existe en France un chantier à Tarbes chargé de cela), par contre pour les navires en fin de vie, et ce n'est pas un hasard tant le transport maritime subit de plein fouet les effets d'une libéralisation extrême où trop souvent seuls comptent les profits immédiats, la situation est loin d'être satisfaisante :

* Les cimetières de bateaux ou ceux ci pourrissent peu à peu sont trop nombreux, et ne sont pas une solution acceptable, les couler en mer n'est pas à nos yeux une solution à promouvoir et à généraliser. Elle ne peut s'envisager que très ponctuellement, en accord avec les pêcheurs professionnels, et dans des conditions environnementales irréprochables avec des coques entièrement dépolluées.

* Les envoyer , par centaines, du monde entier, dans les chantiers de déconstruction asiatiques, a pu paraître comme une solution économiquement intéressante en ces périodes d'acier cher mais c'est une solution qui a vite montré vite ses limites :

- exposition des travailleurs à des conditions de travail périlleuses voire dégradantes ( ils sont très nombreux à perdre leur vie ou à se blesser dans ces chantiers)

- l'impact sur l'environnement maritime est très mauvais (les pollutions de tous genres atteignent le milieu maritime)

La vraie solution responsable sur un plan écologique est la bien la déconstruction des navires en fin de vie, là ou ces navires sont construits, dans des conditions environnementales irréprochables et dans le respect de la santé des travailleurs.

Il est donc nécessaire, et c'est ce que nous préconisons, de créer en Europe un chantier de déconstruction opérationnel par façade maritime : Atlantique, mer du Nord, mer méditerranée.

Sur la façade atlantique ; Brest de par sa position géographique, de par sa rade protégée, de par son savoir faire en matière de construction et de répération navale peut tout à faire prétendre à accueillir un tel chantier, maillon d'une filière de déconstruction et de recyclage européenne.

Améliorer la sécurité maritime

De nombreux navires vieux, fatigués, en fin de vie, devenus inaptes à la navigation, naviguent encore. Une première bataille consiste à les arrêter, avant qu'il ne coulent en mer, provoquent la mort des marins, et une pollution plus ou moins importante.

Rappelons que novembre 2001, les Verts du pays de Brest avaient demandé que le " Victor ", navire poubelle soit déconstruit à Brest.

Un chantier de déconstruction de navires sur la facade atlantique doit être considéré comme un outil d'amélioration de la sécurité maritime et disposer en tant que tel de toutes aides de l'état et de l'Europe nécessaires.

Il est nécessaire que la France et les Etats Européens disposent des outils juridiques nécessaires et les moyens d'intervention pour imposer une réparation rapide, ou le retrait du navire de la circulation lorsqu'il n'est pas réparable.

Si le navire est réparable : il doit être conduit dans le port de réparation le plus proche, c'est pourquoi l'existence de chantiers de réparation navale pour remettre les navires en état avant qu'ils ne deviennent des épaves est primordiale. Il est indispensable d'assurer le maintien d'au moins un chantier de réparation navale sur chaque façade maritime.

Une aide devrait leur être apportée, sinon la capacité de réparation des navires dans les ports européens va disparaître,

Si le navire est irréparable, la seule solution est de déconstruire et de le vendre pour la casse.

Enfin, pour résumer, si l'on veut vraiment éradiquer les mers des navires poubelles :

On doit pourvoir interdire à un navire en mauvais état de repartir d'un port avant d'être en conformité totale avec les règles en vigueur. On doit pouvoir intercepter au large un navire naviguant aux larges des côtes européennes présentant de par son état de graves risques pour la navigation maritime , l'obliger à réparer dans un port de réparation et s'il est vraiment impossible de le réparer ou trop coûteux de le faire procéder à sa démolition dans un chantier prévu à cet effet.

Ce retrait doit se faire dans des conditions qui permettent d'être certain que le bâtiment considéré comme impropre à la navigation ne soit pas, au cours du trajet vers le site de démolition prévu, détourné de sa destination, et remis en service.

Il est donc indispensable d'avoir des chantiers de démolition en Europe. Brest remplit toutes les conditions pour être celui de la façade atlantique européenne. Merci.

Christian Bucher